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Le 10 mai 2018 - Comité des affaires sociales avec le comité directeur des Affaires étrangères et commerce international et autres témoins

La sénatrice Poirier : J’aimerais remercier les témoins d’être ici et d’avoir livré leur exposé. Je pense que ma question s’adresse à Mme Skeer.

Dans votre exposé, vous avez souligné le fait que les produits alimentaires de marijuana représentaient un problème extrêmement grave et vous avez très clairement expliqué ces problèmes. Tous les témoins nous ont parlé des risques liés au développement du cerveau des jeunes de 18 à 25 ans qui fument de la marijuana. Dans votre exposé, vous avez également indiqué que les centres antipoison recevaient maintenant cinq fois plus d’appels et vous avez beaucoup parlé du fait que ces enfants étaient âgés de moins de 10 ans, ce qui est extrêmement inquiétant.

Nous comprenons — et c’est très clair — qu’un produit alimentaire pose un risque plus élevé pour les enfants, car ces derniers sont plus susceptibles de manger un produit que de le fumer. Si on compare le développement du cerveau d’un jeune enfant — on dit que même chez les enfants âgés de moins de 18 ans, plus l’enfant est jeune, plus le risque est élevé. Le risque couru par un enfant est-il aussi élevé dans le cas d’un produit alimentaire de marijuana que dans le cas d’un produit qu’on doit fumer? A-t-on établi une telle comparaison? Je ne parle pas de tous les autres problèmes de santé causés par l’acte de fumer une substance; je parle seulement de la marijuana.

Mme Skeer : Parlez-vous des adolescents ou des jeunes enfants?

La sénatrice Poirier : Des enfants.

Mme Skeer : S’il s’agit d’un incident isolé dans lequel un enfant a accès à un produit alimentaire et le mange, l’ingestion accidentelle par l’entremise d’un aliment nous inquiète davantage chez les enfants de moins de 10 ans. Nous craignons moins qu’un enfant de moins de 10 ans trouve la marijuana de ses parents et la fume. Et lorsque qu’il s’agit d’un incident isolé, nous sommes moins inquiets au sujet du développement du cerveau à long terme que nous le sommes lorsque des jeunes consomment régulièrement ce produit. Nous savons qu’en ce qui concerne l’âge auquel les jeunes commencent à boire de l’alcool — et il y a de nombreuses comparaisons avec la marijuana —, 50 p. 100 des jeunes qui commencent à boire avant l’âge de 13 ans consommeront des drogues illégales au cours de leur vie, ce qui est plus élevé que ceux qui commencent à boire de l’alcool à 21 ans. En effet, à la puberté, le cerveau entreprend une énorme restructuration pendant laquelle il effectue des changements et renforce des circuits, et la marijuana interfère avec ce processus. Donc, plus la marijuana est consommée à un jeune âge, plus elle nuit au renforcement des circuits et à la restructuration du cerveau qui permettent de traiter l’information.

La sénatrice Poirier : Dans le cas d’un produit de marijuana qui se mange ou qui se fume?

Mme Skeer : Dans les deux cas. La différence dépend de la rapidité avec laquelle la substance atteint le cerveau, mais si elle atteint le cerveau, elle atteint le cerveau. Lorsqu’une personne consomme régulièrement, je crois que cela aura le même effet au fil du temps.

La sénatrice Poirier : Monsieur Vandrey, avez-vous quelque chose à ajouter?

M. Vandrey : Oui. La différence dans la façon d’absorber le produit dépend du temps et de la probabilité d’ingérer une trop grande quantité. Lorsqu’on fume cette drogue, les effets sont immédiats, et si on va trop loin, on cesse immédiatement. Par contre, dans le cas de l’ingestion orale, il faut environ une heure pour que les effets commencent à se manifester. Le point culminant n’est pas atteint avant une ou trois heures. Ce qui se produit lorsqu’une personne ingère accidentellement la substance ou ne sait pas ce qu’elle fait — par exemple, un enfant de six ans qui trouve une pile de brownies ne mangera probablement pas qu’un seul brownie. Ce type de surdose peut donc se produire, et il peut être beaucoup plus grave et avoir des effets plus durables. Il faut donc tenir compte de cela. Par contre, je ne vois pas comment l’ingestion orale de 10 milligrammes aura une incidence plus importante sur le développement du cerveau que l’acte de fumer 10 milligrammes.

L’autre commentaire que j’aimerais formuler concerne le fait que l’ingestion accidentelle n’est pas seulement importante chez les enfants. Cela peut également être très important chez les adultes, et on n’a pas encore soulevé ce point. J’ai été témoin expert dans une série d’affaires criminelles où les gens avaient accidentellement ingéré ou on avait signalé qu’ils avaient accidentellement ingéré un produit du cannabis, et il s’agissait d’adultes. Cela peut avoir des répercussions non seulement sur leur santé cardiovasculaire, mais ces personnes peuvent également avoir de graves manifestations de psychose qui peuvent déboucher sur des actes criminels. De plus, j’aimerais préciser que cela peut avoir des répercussions sur le rendement de ces personnes au travail.

La sénatrice Poirier : Si on consomme, par exemple, un brownie qui contient de la marijuana, le goût de ce dernier diffère-t-il de celui d’un brownie ordinaire? Un bonbon aura-t-il un goût différent? Peut-on détecter la différence dans un aliment?

M. Vandrey : Dans certains cas, oui, mais dans d’autres cas, non. Cela dépend de la façon dont le produit est préparé. Si on ajoute une substance résineuse à concentration élevée dans le produit, il n’aura pas bon goût, mais si on utilise une plante réduite en poudre qu’on mélange dans un brownie très riche, il se peut que la personne qui le mange ne goûte pas du tout la drogue.

Mme Skeer : J’aimerais ajouter que les fabricants s’assurent que le produit a le meilleur goût possible. C’est ce qu’ils font en ce moment.

La sénatrice Poirier : Merci.

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La sénatrice Poirier : J’ai une question, concernant la dernière recommandation voulant que la ministre des Affaires étrangères fasse rapport à votre comité des mesures prises par le gouvernement du Canada pour se conformer à la convention internationale. Pourriez-vous nous parler des mesures que la ministre devrait prendre, à votre avis? Trouvez-vous que le gouvernement actuel aurait dû en faire plus avant le projet de loi, concernant la convention internationale?

La sénatrice Andreychuk : Eh bien, nous ne sommes pas le gouvernement, et nous en sommes bien conscients. Les témoins n’étaient absolument pas tous du même avis, et par conséquent, ce que nous voulons savoir, c’est si la ministre parle sérieusement et est passée de la parole aux actes. Elle nous a donné à croire qu’elle a entrepris des discussions. Je pense qu’il incombe à la ministre de concevoir sa stratégie et de revenir nous voir. Nous verrons alors où tout cela nous mène, aussi bien sur le plan de la politique étrangère que sur celui de la conformité.

Je crois que notre comité était de cet avis. Les gens ont le droit de savoir où nous allons avec cela, sans nécessairement dire à la ministre ce qu’elle doit faire. C’est l’option du gouvernement, et c’est le gouvernement qui va en décider au bout du compte. C’est à ce point, je pense, que nous avons pris du recul et que nous avons dit qu’il fallait qu’elle s’occupe de cela et qu’elle revienne nous dire ce qu’elle a fait.

La sénatrice Poirier : Merci.

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