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Le 18 avril 2018 - Comité des affaires sociales avec divers témoins

La sénatrice Poirier : Merci, messieurs, de votre présence et de vos exposés.

Ma première question s’adresse à M. Fischer. Sur le site web de l’ICRAS, une brochure pour le grand public dit que la consommation de cannabis avant l’âge de 16 ans augmente la probabilité de problèmes sur les plans de la santé, des études et de la société. Ce commentaire ou cette brochure m’a laissée perplexe. Beaucoup de médecins et d’experts nous ont parlé des risques pour les consommateurs de moins de 25 ans. Pourtant, on entend dire que les provinces ont reçu le pouvoir de fixer l’âge qu’elles souhaitent. La plupart l’ont fixé à 18 ou 19 ans. Étant donné que votre brochure dit que, au-delà de 16 ans, les risques ne sont pas aussi présents, quels messages contradictoires envoie-t-on aux Canadiens? Votre brochure va à l’encontre de tous les témoignages que nous avons entendus et va même à l’encontre des limites légales partout au Canada. À cause de tous les âges dont on nous parle, j’ai du mal à m’y retrouver.

M. Fischer : En toute déférence, je vais me faire un plaisir de tirer les choses au clair. Vous parlez des lignes directrices sur la consommation de cannabis à faible risque que nous avons lancées et qui ont été approuvées par les grandes organisations nationales de santé au Canada. On n’y dit certainement pas que la consommation de cannabis après l’âge de 16 ans est sans danger. Nous faisons état des données scientifiques qui existent au sujet de la corrélation entre le début de la consommation et les effets nocifs possibles, et d’études épidémiologiques qui révèlent le plus souvent que la consommation avant l’âge de 16 ans est associée à des préjudices. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas si la consommation commence après l’âge de 16 ans.

Toutefois, je tiens à ce que les données scientifiques soient très claires: tout d’abord, il existe une progression, sur une échelle mobile, de la corrélation entre l’âge du début de la consommation et la consommation même, et les conséquences négatives possibles. Toutefois, ce chiffre magique de 25 qui a été brandi par bien des gens est d’abord associé principalement à des études d’imagerie cérébrale qui détectent des changements dans le cerveau. Tout d’abord, les effets réels de ces changements des points de vue des études, du comportement ou d’autres conséquences pour la santé ne sont pas vraiment clairs. Deuxièmement, nous savons que, pour ce qui est des effets nocifs, la plupart des études qui en révèlent chez les jeunes consommateurs sont menées auprès de jeunes qui consomment beaucoup et sur une longue période. Beaucoup de gens ont sauté à la conclusion que cela vaut pour tout type de consommation de cannabis dans certains groupes d’âge.

Nous avons vraiment besoin de beaucoup plus de données de recherche au sujet du lien entre l’âge du début de la consommation et les préjudices concrets. J’ai beaucoup entendu cette question au sujet de l’âge de 18 ou de 19 ans fixé par les règlements des provinces. Ne faudrait-il pas que ce soit 25 ans? Là encore, il faut parler d’échelle mobile. Les effets dépendent beaucoup du mode de consommation, des produits consommés et des habitudes de consommation. Il n’y a pas d’âge magique que nous puissions imposer. On peut peut-être dire que, au-delà de 90 ans, il est probablement sûr qu’on peut éviter les problèmes de santé, mais il faut parvenir à un compromis, car la question ne se pose pas en vase clos et nous ne partons pas de zéro non plus. L’utilisation qui se fait déjà continue et continuera. Il semble que 18 ou 19 ans soit un compromis raisonnable et, comme mon collègue l’a dit au sujet de la prévention, il est important d’informer les jeunes des préjudices et des risques associés à la consommation de cannabis, mais aussi de faire la distinction entre les facteurs susceptibles d’aggraver les risques de préjudice. En même temps, nous devons dire clairement que, si nous faisons en sorte que les jeunes continuent de consommer illégalement, l’illégalité de leur consommation continuera de faire au moins autant de tort, sur le plan de la santé, que l’exposition au cannabis.

La sénatrice Poirier : À ce même propos, je comprends ce que vous dites au sujet de l’âge de 16 ans. Vous dites à la fin de vos observations: « En général, plus on commence à consommer du cannabis tard dans la vie, plus le risque de problèmes est faible. » Comme vous prenez 16 ans comme seuil, je me demande quel message cela envoie aux jeunes de 18 ou 19 ans. Leur disons-nous qu’ils courent moins de risques à cet âge-là qu’à 16 ans simplement parce que c’est un chiffre différent et qu’ils sont très jeunes? Cela m’inquiétait.

M. Fischer : Je le répète, le seuil de 16 ans concerne les données épidémiologiques qui révèlent une corrélation entre l’âge et les préjudices. La recommandation formulée, littéralement, comme vous pouvez le lire, veut que plus on commence à consommer du cannabis tard dans la vie, moins on risque d’avoir des effets nocifs sur la santé. C’est le message de prévention que permettent de lancer les données scientifiques actuelles. Idéalement, on commence à consommer le plus tard possible dans la vie. En même temps, la réalité, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes adolescents qui décideront, d’une façon ou d’une autre, de consommer du cannabis.

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La sénatrice Poirier : Je vous remercie tous de votre présence et de vos exposés. On a répondu à certaines de mes questions, ce qui est une bonne chose, car il me reste peut-être du temps pour d’autres.

Ma première question s’adresse au Dr Milin. D’après ce que j’ai compris, vous avez fait des recherches importantes qui ont révélé que le risque lié à la consommation de cannabis est plus élevé chez les moins de 20 ans, d’autant plus que la dose consommée est plus forte. Croyez-vous que l’on ait quelque peu minimisé le risque pour la santé des 18-25 ans dans ce débat?

Dr Milin : Je pense que oui. Nous savons, d’après des études récentes, qu’il s’agit du groupe où la croissance est la plus forte et les troubles liés à la consommation de cannabis se situent dans la tranche d’âge de 18 à 21 ans, celle des jeunes en âge de fréquenter le collège ou l’université, selon la source. Nous savons que les choses ont changé.

Nous savons aussi que c’est l’âge auquel il est probable que de nombreux troubles liés à l’utilisation de substances se manifestent. La probabilité qu’une personne qui n’a jamais vraiment essayé le cannabis avant l’âge de 30 ans développe un trouble lié à la consommation de cannabis est presque nulle. C’est probablement le cas. C’est un trouble chez les jeunes ou les jeunes adultes. C’est le cas de la plupart des troubles liés à l’utilisation de substances. Ils se manifestent à cet âge. Les troubles liés au cannabis apparaissent un peu plus tôt chez les jeunes que ceux liés aux autres drogues dures et même à l’alcool.

La sénatrice Poirier : Par conséquent, serait-il préférable de relever l’âge minimum requis pour la consommation au-delà de 18 ans?

Dr Milin : Personnellement, je crois qu’il faudrait le porter à 19 ans au moins, mais je comprends que cela poserait de gros problèmes de fixer l’âge minimum à 18 ans pour l’alcool et à 19 ans pour la marijuana. Je ne sais pas comment concilier les deux. Est-ce qu’une année va faire une telle différence? Je ne peux pas vous le dire, mais je peux vous dire que si vous essayez d’épargner les gens des groupes les plus vulnérables, il faut fixer l’âge minimum à 19 ans au moins.

La sénatrice Poirier : Merci.

Dr Milin : Je suis d’accord avec nos collègues de l’ACP pour dire que, dans un monde idéal, l’âge minimum devrait être de 21 ans, tout comme il devrait être de 21 ans pour l’alcool dans un monde idéal.

La sénatrice Poirier : Je crois vous avoir entendu dire, en réponse à un de mes collègues, que nous n’avons pas les outils et les ressources nécessaires pour traiter les toxicomanies comme vous le souhaiteriez. Cela sort de votre bouche. Nous avons entendu des rumeurs, selon la personne à qui vous parlez. La GRC ne semble pas être tout à fait prête et formée pour détecter qui est sous l’influence de la marijuana. Des municipalités nous ont dit qu’elles ne sont pas certaines d’être prêtes à faire face à cela dans leur collectivité et qu’elles ne savent pas comment elles vont surveiller la situation. La GRC et d’autres personnes nous ont dit qu’il leur sera impossible de surveiller si vous avez 4 ou 10 plantes à la maison. Sachant tout cela, sommes-nous prêts pour ce projet de loi ou devrions-nous faire un peu plus de recherche et nous préparer avant de l’adopter et être proactifs plutôt que réactifs?

Dr Tibbo : C’est une question très facile. Il y a un équilibre à cela. Nous n’avons pas pu jusqu’ici faire des recherches aussi poussées que nous l’aurions souhaité parce que le cannabis était illégal. C’était donc un obstacle à la recherche. Avec la légalisation, nous pouvons faire de meilleures recherches, ce qui est nécessaire.

Pour ce qui est de l’état de préparation, comme nous l’avons mentionné, il existe des traitements pour les toxicomanies au cannabis. Sont-ils disponibles et y a-t-il des gens formés partout au pays, tant en milieu urbain qu’en milieu rural? Pas à ce jour. Si vous me demandez aujourd’hui si nous sommes prêts à lutter contre l’abus et la dépendance au cannabis sous l’angle du traitement, non, nous ne sommes pas prêts pour l’instant. Il faut encore renforcer beaucoup les capacités et faire aussi quelques recherches sur les bonnes options de traitement.

C’est un équilibre. Nous avons besoin d’une partie de la légalisation pour pouvoir faire avancer la recherche. Pourrions-nous reporter? Jusqu’à quand et à quel moment pouvons-nous dire que nous avons suffisamment d’information pour aller de l’avant? Parce qu’à l’heure actuelle, nous disposons d’une trentaine d’années de recherche sur le cannabis et c’est maintenant que nous avons ce débat.

Mme Shuhendler : Je suis d’accord. La légalisation est importante pour améliorer l’accès à la recherche. La sensibilisation du public peut contribuer à réduire les préjudices potentiels pour la santé, et la légalisation, comme nous l’avons déjà dit, peut réduire considérablement les préjudices sociaux associés au modèle de prohibition, qui, nous le savons, ne fonctionne pas.

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