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Le 22 mai 2018 - Comité des affaires sociales avec divers témoins

La sénatrice Poirier : Merci de comparaître devant notre comité.

J’aimerais m’adresser à Mme Forrest. Dans l’article que vous avez corédigé dans le Maclean’s, vous dites:

Mais l’approche que nous avons choisie pour réglementer l’alcool, et que nous reproduisons pour réglementer le cannabis, est tout aussi inefficace pour empêcher les mineurs de consommer, alors que c’est précisément ce groupe d’âge qui est le plus vénérable aux effets néfastes de la marijuana.

Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là? À votre avis, cela risque-t-il d’entraîner une augmentation de la consommation de cannabis chez les mineurs, comme cela a été le cas avec l’alcool?

Mme Forrest : Depuis que nous avons écrit notre article, Santé Canada a publié de plus amples détails sur la façon dont il envisage de réglementer le cannabis. Je ne suis plus certaine que l’approche que nous avons choisie soit semblable à celle que nous avons adoptée pour l’alcool. Elle se rapproche peut-être davantage de celle que nous avons pour le tabac. Mais comme je l’ai dit tout à l’heure dans ma déclaration liminaire, il existe toujours des échappatoires dans la loi et les règlements, dans leur version actuelle.

La sénatrice Poirier : Vous parlez aussi, dans le même article, de l’absence de réglementation pour le marketing de l’alcool sur Internet. Vous dites que, selon certaines études, une telle situation normalise les beuveries et la consommation d’alcool par des mineurs. Dans sa version actuelle, le projet de loi C-45 nous fait-il courir le risque de répéter les mêmes erreurs que pour la promotion et le marketing de l’alcool, mais cette fois-ci avec le cannabis?

Mme Forrest : La version actuelle de la loi me préoccupe, car je crains que l’industrie ne réussisse à contourner les dispositions des règlements et de la loi. Personnellement, cela me préoccupe. Cela risque de donner lieu à beaucoup de marketing pour le cannabis auquel les mineurs pourront être exposés et qui les encouragera à consommer davantage.

La sénatrice Poirier : De plus, si j’ai bien compris, le processus d’élaboration des règlements sera verrouillé. À votre avis, ces règlements devraient-ils figurer dans la loi?

Mme Forrest : Je ne sais trop comment vous répondre, car, très franchement, il me faudrait avoir plus de détails. L’avis réglementaire publié par Santé Canada n’en contenait pas beaucoup au sujet de la façon précise dont la promotion et le marketing seront réglementés, et je crains que cela crée beaucoup d’échappatoires. Je pense que, dans la loi, vous pourriez resserrer certaines restrictions. J’ai proposé tout à l’heure d’interdire la publicité à la télévision, sur Internet, dans la presse écrite et à la radio, mais d’autoriser le marketing éducatif, dans les lieux de vente, pour que les consommateurs adultes puissent obtenir les informations dont ils ont besoin pour faire un choix éclairé.

La sénatrice Poirier : Merci.

J’aimerais maintenant poser une question à M. Hammond et aussi, en fait, au Dr Wang, s’il souhaite y répondre lui aussi. Nous en avons déjà parlé, je crois, lorsque la sénatrice Petitclerc a soulevé la question de la fumée secondaire du cannabis et de ses effets sur le développement du cerveau des jeunes. En tant que professionnel, pensez-vous que la fumée secondaire affecte le développement du cerveau chez les enfants? Je sais qu’au Nouveau-Brunswick, par exemple, une loi interdit de fumer une cigarette à côté d’un enfant. Devrions-nous en faire autant pour le cannabis, par exemple, dans les endroits fermés comme l’intérieur d’un logement ou d’un véhicule? Qu’en pensez-vous?

M. Hammond : Je vous dirai pour commencer que, contrairement à un mythe tenace, la fumée de cannabis n’est pas moins dangereuse parce qu’elle provient d’une herbe naturelle. Il faut savoir que la plupart des substances toxiques proviennent de la combustion par le feu. Si je mets le feu à ma cravate, cela provoquera l’apparition des mêmes agents carcinogènes. À quantité égale, la fumée de cannabis est aussi toxique que la fumée de tabac. Voilà ce que les gens doivent se mettre dans la tête. Si le cannabis ne provoque pas autant de maladies pulmonaires, c’est parce que les consommateurs de ce produit n’inhalent pas autant de fumée que ceux qui fument 15 cigarettes par jour, mais pour ce qui est de ses effets délétères sur les enfants, la fumée de cannabis est aussi nocive. Les consommateurs et les règlements municipaux ne devraient pas faire de distinction entre la fumée de tabac et la fumée de cannabis. Si nous voulons protéger les enfants contre la fumée, et c’est notre objectif principal, il faut inclure le tabac et le cannabis.

Dr Wang : Je suis entièrement d’accord et je partage tout à fait les mêmes sentiments. Pour ce qui est l’avenir, il va falloir faire beaucoup de recherches pour déterminer quel en sera l’impact sur les jeunes, je veux parler de l’exposition à la fumée secondaire, car cela dépendra de la nouvelle marijuana, comparée à l’ancienne, et de la fréquence à laquelle les gens vont fumer. Au Colorado, les gens ne sont pas autorisés à fumer de la marijuana dans un espace public. Où en consomment-ils alors? Chez eux, mais à ce moment-là, s’ils ont des enfants ou des membres de la famille, ils les exposent à la fumée secondaire. Ce n’est pas aussi catégorique qu’une interdiction pure et simple, car si vous ne pouvez fumer ni en privé ni en public, ou allez-vous le faire? Mais c’est vrai que la fumée secondaire est une question préoccupante.

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