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Le 25 avril 2018 - Comité des affaires sociales - Divers témoins

La sénatrice Poirier : Ma première question s’adresse à M. O’Soup. Vous avez dit que le projet de loi C-45 ne tient pas compte de l’ensemble des effets néfastes du cannabis sur le développement du cerveau. On nous a proposé différentes façons d’atténuer ce risque, par exemple en augmentant l’âge minimal pour acheter du cannabis ou en limitant les quantités de cannabis ainsi que la concentration de la substance pour les gens de moins de 25 ans, comme vous l’avez recommandé. Pouvez-vous me dire pourquoi il serait préférable de restreindre la concentration de THC au lieu d’augmenter l’âge minimum? Comment cela pourrait-il fonctionner?

M. O’Soup : Je ne suis pas médecin, alors peut-être que quelqu’un d’autre serait mieux placé que moi pour répondre, mais d’après ce que je comprends, entre 18 et 25 ans, différents niveaux de concentration peuvent avoir un effet différent sur le développement du cerveau. Je vous dis ce que j’ai lu sur le sujet, mais je ne suis pas un expert dans le domaine. C'est pourquoi j’ai proposé ce que nous proposons.

La sénatrice Poirier : Quelqu’un d’autre souhaite-t-il répondre?

Mme Valleriani : J’aimerais dire quelque chose à propos des limites pour la concentration de THC. Il existe différents produits de cannabis séché, et si nous réduisons l’accès à certains produits pour les jeunes adultes, s’ils n’ont pas accès à des produits légaux, réglementés et homologués, des produits en vente dont le contenu est clair, nous ne faisons rien d’autre que les pousser vers le marché illégal où ils pourront trouver les produits qu’ils veulent. Il ne faut pas négliger cela. Si vous limitez l’accès à des produits en particulier, surtout pour le groupe d’âge de 18 à 25 ans ou de 19 à 25 ans, ils se les procureront simplement sur le marché illégal. Il faut aussi prendre cela en considération lorsqu’on dit que nous voulons protéger les jeunes. Ce serait peut-être préférable, pour réduire les méfaits, de sensibiliser les jeunes à propos de ces produits et de leurs propres facteurs de vulnérabilité que de leur interdire simplement l’accès.

La sénatrice Poirier : Ma deuxième question s’adresse à Mme Jenkins. J’ai pris en note ce que vous avez mentionné, et je crois avoir bien compris. Vous avez dit que les jeunes hommes sont plus vulnérables que les femmes. J’imagine que vous avez tiré cette conclusion de vos études. Pourriez-vous nous parler un peu plus de cela?

Vous avez aussi mentionné dans votre exposé que, selon votre étude, l’approche actuelle en matière de prévention et de sensibilisation est inefficace. Avez-vous des recommandations pour nous quant à une approche qui serait efficace? Que pourrions-nous faire pour améliorer les choses?

Mme Jenkins : J’ai tiré des conclusions à partir d’une étude publiée récemment par Leos-Toro et ses collègues. Les données viennent de l’Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues de 2013 ainsi que l’outil de détection de la toxicomanie ASSIST, pour l’alcool, le tabac et les autres substances. Leur analyse sépare les différents types de méfaits selon leur nature et leur forme, que ce soit des méfaits liés à la santé ou des méfaits sociaux, financiers ou juridiques. Ils font aussi une nuance en ce qui concerne les méfaits qui concernent les jeunes et les adultes qui veulent arrêter et qui ont de la difficulté à le faire. Ensuite, les données sont ventilées selon le sexe. Nous avons conclu que les méfaits étaient beaucoup plus importants chez les jeunes hommes qui ont répondu à leur enquête que chez les femmes. Cela correspond aux données des autres enquêtes menées auprès de la population, qui montrent aussi que les méfaits sont beaucoup plus importants chez les jeunes hommes.

La deuxième partie de votre question touchait l’inefficacité des programmes d’éducation actuels. De manière générale, ces programmes misent sur l’abstinence, du moins c’est le cas de la plupart des programmes de prévention de la drogue donnés dans les écoles. Ce concept n’interpelle pas du tout les jeunes, car il est étranger à leurs propres expériences et à ce qu’ils voient dans la réalité. Nous militerions pour un programme de prévention de la drogue plus pragmatique qui est axé sur la réduction des méfaits, qui tient compte du fait que les jeunes consomment et de leur expérience et qui propose des façons de réduire les méfaits dans le contexte de la consommation.

J’aimerais souligner que, bien qu'elle soit absolument nécessaire, l’éducation ne permet pas à elle seule de réduire ces méfaits. Nous observons que les méfaits se concentrent au sein des populations marginalisées, et cela nous oblige à nous interroger: pourquoi donc? Que pouvons-nous faire pour améliorer les résultats de ces populations? Comment pouvons-nous intégrer la promotion de la santé mentale et collaborer avec les collectivités au renforcement des capacités et à la création de relations et d’occasions positives pour les jeunes?

Dans le cadre de nos études, de nombreux jeunes ont affirmé que la consommation de cannabis est considérée comme un passe-temps. Le fait est qu’ils ont peu d’occasions de se réaliser. Ils n’ont pas de moyens de participer activement à leur communauté, et le cannabis est une façon de passer le temps.

Les conditions socio-structurelles qui contribuent à la consommation sont aussi importantes qu’une solide campagne d’éducation axée sur la réduction des méfaits.

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La sénatrice Poirier : Juste pour donner suite à la première question que j’ai posée au sujet de l’éducation et de l’âge, lorsque nous avons reçu la ministre, il y a un certain temps, et que nous lui avons demandé comment nous éduquions les gens par rapport au cannabis et l’avons interrogée au sujet des avantages et des inconvénients et de l’importance de ces activités, nous avons beaucoup discuté de choses qui étaient affichées sur les médias sociaux. Mais la semaine dernière, lorsque j’étais de retour à la maison — je vis dans une petite collectivité rurale —, j’ai parlé à mes étudiants de 7e année, qui ont environ 12 ans, et je leur ai demandé, par simple curiosité, ce qu’ils connaissaient au sujet du cannabis. Savez-vous ce que c’est? Suivez-vous les médias sociaux? En parlent-ils à l’école? Y a-t-il quelque chose qu’ils ont appris à ce sujet à l’école?

À ma surprise, ils savaient que c’était une drogue. Ils savaient que certaines personnes en fumaient. Ils ne suivaient pas les publications sur les médias sociaux ou Twitter et des choses du genre, et à l’école, l’enseignant leur a juste dit: « Ne prenez pas de drogues; ce n’est pas bon pour vous. » C’est tout ce qu’ils ont reçu en matière d’éducation.

Pouvez-vous nous dire, à votre avis, quel âge serait approprié pour commencer à éduquer les jeunes sur le sujet? En ce moment, nous parlons d’enfants d’environ 12 ans, et c’est à eux que je m’adresse. Ils peuvent posséder les cinq grammes, et c’est là que ça commence. Évidemment, dans notre tête, cela signifie que nous disons qu’il y a déjà des enfants à ce jeune âge qui en consomment ou en possèdent. À votre avis, quel âge serait recommandé pour commencer à éduquer les jeunes? Comment pouvons-nous fournir l’éducation dont nous avons besoin? Si cela ne se fait pas à la maison, il faut trouver une façon au moyen du système parental ou, comme vous le disiez, de différentes organisations. À quel âge croyez-vous que nous devrions commencer à le faire?

Mme Jenkins : Comme vous l’avez dit, avec la légalisation et les jeunes de 12 ans, le plus tôt est le mieux. Les jeunes sont tout à fait au courant de ce qu’est le cannabis ou du fait que c’est une substance que les gens consomment. L’occasion de commencer à les faire participer le plus tôt possible, dès les premières années d’école, à des discussions au sujet de cette substance est importante. Cela aide aussi à normaliser cette discussion et à l’intégrer aux interactions normales qu’un jeune a avec un parent, de sorte qu’il soit à l’aise d’aborder avec lui cette question plus tard dans la vie. Cela aiderait aussi à diminuer la stigmatisation qui entoure la consommation et d’autres enjeux liés à la santé mentale et à la consommation de substances, de sorte qu’on puisse aller chercher plus ouvertement de l’aide, au besoin.

M. O’Soup : C’est mon point de vue comme enseignant et parent, et je comparerais cela à notre recherche en santé mentale sur le suicide. Dans notre recherche, nous avons constaté que des enfants âgés d’à peine six ans se suicidaient. Donc, à quel âge est-il trop tôt? Il n’est jamais trop tôt pour commencer à avoir cette discussion. Bien sûr, cela doit être approprié à l’âge et au niveau de compréhension de l’enfant. Nous devons nous assurer de ne pas effrayer les jeunes, mais de les éduquer.

Aussitôt que les jeunes apprennent que cette drogue existe, c’est à ce moment-là qu’ils devraient être renseignés à ce sujet. Je compare cela au système des pensionnats. Quelqu’un m’a demandé une fois: « À partir de quand devrions-nous parler à nos enfants du système des pensionnats? » J’ai répondu: « Eh bien, quel âge avaient-ils lorsqu’on les a séparés de leurs parents? » Ils avaient quatre ou cinq ans. C’est à ce moment que nous pouvons commencer à les éduquer. Je crois que cela s’applique dans ce domaine également.

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