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Le 12 mai 2022 - Projet de loi S-209, Loi instituant le Jour commémoratif de la pandémie - Troisième lecture

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd’hui à l’occasion de la troisième lecture du projet de loi S-209, Loi instituant le Jour commémoratif de la pandémie. Je remercie la sénatrice Mégie d’avoir proposé cette mesure.

Cela fait maintenant 792 jours que la COVID-19 est officiellement devenue une pandémie, et 792 jours que nos vies sont bouleversées. Les rues étaient désertes. Les magasins étaient fermés. Nous avons dû nous isoler les uns des autres. Dans l’obscurité de la pandémie, la seule lumière qui demeurait dans notre société provenait de nos travailleurs essentiels : tous les professionnels de la santé, les camionneurs, les employés des épiceries, les employés des banques, et ainsi de suite.

Permettez-moi, honorables sénateurs, de citer une partie du préambule du projet de loi, qui donne du contexte à mon discours au moment de la troisième lecture. Il se lit ainsi :

[Attendu] que le 11 mars 2021 a été désigné par décret le 8 mars 2021 et par proclamation le 31 mars 2021 comme « journée nationale de commémoration » pour rendre hommage aux personnes décédées des suites de la COVID-19, pour souligner le travail des personnes œuvrant en première ligne et souligner les répercussions graves de la COVID-19 sur la santé de la population canadienne;

Honorables sénateurs, plus de deux ans se sont écoulés depuis le début de la pandémie, et des millions de héros canadiens méconnus nous ont aidés à la traverser. Alors que toutes les provinces lèvent lentement, mais sûrement, les diverses restrictions liées à la COVID-19, la désignation du Jour commémoratif de la pandémie est une occasion pour tous les Canadiens de se rappeler comment le pays a pu traverser la pandémie et de souligner la contribution des millions de Canadiens qui ont travaillé sans relâche pour la population canadienne. Près d’un demi-million d’infirmiers, des milliers de médecins et de nombreux autres professionnels de la santé, y compris des fournisseurs de soins à domicile, ont fait bien plus que leur devoir dans des conditions des plus difficiles. Ces gens ont fait des sacrifices, mais les membres de leur famille ont dû en faire également. Combien de fois a-t-on entendu parler des infirmiers et des médecins qui ont dormi dans une chambre à part juste pour protéger leurs proches? Combien de fois a-t-on entendu parler des camionneurs qui ont dû conduire pendant des heures, sans avoir accès à des douches ni à des salles de toilette sur leur chemin? Combien de fois a-t-on entendu parler des infirmiers et des médecins à la retraite qui sont retournés dans les cliniques et les hôpitaux pour leur prêter main-forte?

J’ai entendu parler de camionneurs de ma province, le Nouveau-Brunswick, qui ont conduit pendant des jours pour livrer des marchandises importantes. Les camionneurs pouvaient déjà se sentir assez seuls en conduisant pendant des heures. Ils se sont sentis encore plus seuls lorsque, au plus fort de la pandémie, il n’y avait pratiquement personne d’autre qu’eux sur les routes, même en plein jour.

De plus, partout au pays, des infirmiers et des médecins à la retraite ont fait une différence en prêtant main-forte au système de santé. Au début de janvier 2022, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a demandé à des bénévoles d’occuper diverses fonctions cruciales. En un jour seulement, plus de 1 600 bénévoles ont répondu à l’appel.

Prenez l’exemple de Suzanne Landry, retraitée depuis 2016. Lorsqu’on lui a demandé d’aller aider dans les cliniques, elle n’a pas hésité à se retrousser les manches. Dans une période où des employés étaient en isolement, ce sont des retraités comme Mme Landry qui sont venus prendre la relève. Il y a aussi l’histoire de Paul Auffrey, retraité depuis 2013, qui trouvait le temps un peu long, mais qui voulait surtout faire du bénévolat pour aider la cause. Tous les deux se sentent valorisés d’avoir fait une différence. C’est nous qui les remercions et sommes reconnaissants du sacrifice qu’ils ont fait pendant la crise.

Honorables sénateurs, aux quatre coins du Canada, on a relaté des histoires similaires à celles de Mme Landry et de M. Auffrey. Leurs histoires sont emblématiques de l’esprit d’entraide canadien en période de crise — et il ne s’agit pas que des retraités, mais bien du courage de l’ensemble de la profession infirmière partout au pays.

À juste titre, en février dernier, l’Association des infirmières et infirmiers du Canada a dévoilé une murale pour célébrer cette profession dans tout le pays. Tim Guest, le président de cette association, a déclaré :

Sans les infirmières et infirmiers, il n’y a pas de soins de santé. [Ils doivent] savoir [que la population canadienne les appuie]. Nous espérons que chaque membre du corps infirmier qui verra cette murale se souviendra de ce sentiment et des interventions concrètes positives qu’il a encouragées dans la foulée de cette crise.

Grâce au projet de loi S-209, j’espère que nous enverrons un signal fort au corps infirmier, mais aussi à tous les professionnels de la santé. Nous vous voyons et nous vous sommes plus que reconnaissants pour votre dévouement au service du bien-être de notre société. J’espère que le gouvernement et tous les Canadiens répondront présents pour les infirmiers et les infirmières qui ont besoin de notre aide et de notre compréhension.

Au sein de la profession, les cas d’anxiété et de dépression ont augmenté de 40 %. Nous avons aussi constaté avec stupéfaction que 66 % ont signalé qu’ils souffraient d’épuisement professionnel. En outre, un sur trois a déclaré avoir sérieusement envisagé de quitter son établissement ou sa profession. Ces professionnels ont besoin de nous maintenant et pendant un certain temps, afin qu’ils puissent, eux aussi, se remettre du stress généré par la pandémie dans leur quotidien.

Il n’y a pas que les infirmières et les travailleurs de la santé, honorables sénateurs, dont la santé mentale a été touchée, il y a aussi beaucoup d’autres Canadiens. Des études ont montré que la santé mentale s’était dégradée pendant la pandémie. Un sondage publié par Angus Reid en mars dernier montrait que la santé mentale de 54 % des répondants s’était détériorée et que la santé physique générale et le bien-être de 53 % d’entre eux s’étaient dégradés.

Toujours dans ce sondage, lorsqu’on leur a demandé si la pandémie avait perturbé leur vie, 47 % des répondants ont répondu beaucoup et 11 % ont répondu extrêmement. Cependant, les Canadiens qui ont été les plus touchés sont les personnes âgées de 18 à 34 ans : 16 % des hommes et 18 % des femmes ont répondu extrêmement.

Selon un article qui cite deux études publiées par Cambridge University Press :

La détérioration de la santé mentale pendant la pandémie ne s’est pas fait de façon linéaire; elle était affectée par les mesures sociétales (confinements, restrictions, réouvertures, etc.). Au Danemark, par exemple, il y a eu une détérioration de la santé mentale pendant le confinement de la première vague, mais il y a eu amélioration à mesure que le gouvernement danois a graduellement levé les mesures.

Autant les confinements et les restrictions ont été des outils efficaces de lutte contre la transmission de la COVID-19 au début de la pandémie, autant les effets à long terme des confinements et de l’imposition de restrictions à répétition ont causé du tort à la santé mentale de toute la population. Dans bien des cas, la solitude a été le principal facteur de détérioration de la santé mentale. Il ne suffira pas de tout rouvrir pour que tout revienne à la normale.

De nombreuses études révèlent que, sur le plan de la santé mentale, ce sont les jeunes qui ont été les plus affectés par la pandémie et que les adultes plus âgés ont semblé mieux composer avec la situation. Il sera extrêmement important d’offrir des ressources pour aider les jeunes à composer émotionnellement avec les conséquences de la crise sanitaire. Par ailleurs, ces ressources devront être facilement accessibles.

Les effets à long terme de la COVID sur la santé des Canadiens — les experts parlent de COVID longue — sont une autre conséquence à laquelle on ne s’est pas beaucoup attardé. D’une vague à l’autre et d’un variant à l’autre, une tendance se dessine dans cette pandémie, soit la possibilité de développer la COVID longue. Comme cette forme de la maladie peut se manifester par de nombreux symptômes généraux comme des douleurs musculaires et articulaires, de la fatigue, de la confusion mentale, des maux de tête, une augmentation du rythme cardiaque, des difficultés respiratoires, les patients et les médecins ont de la difficulté à la diagnostiquer.

La Dre Angela Cheung, chercheuse chevronnée au Réseau universitaire de santé à Toronto, a déclaré que des estimations conservatrices fondées sur les données de l’Organisation mondiale de la santé indiquent qu’au moins 10 % des personnes infectées développent la COVID longue, ce qui représenterait environ 300 000 Canadiens. Outre le fait que le système de soins de santé est surchargé par les cas ordinaires de COVID, les Canadiens souffrant de la COVID longue ont eux aussi besoin de soins. On ne peut faire abstraction des conséquences graves et persistantes de cette forme de la COVID.

À ce jour, honorables sénateurs, la COVID-19 a fait plus de 6 millions de victimes dans le monde, dont près de 40 000 victimes ici, au Canada. Il est important de reconnaître tous les Canadiens qui ont tristement perdu la vie à cause de la COVID-19.

Le Jour commémoratif de la pandémie que propose la sénatrice Mégie serait une journée importante pour la famille et les amis des 40 000 Canadiens qui ont perdu la vie en raison de la COVID-19 et pour tous ceux dont la vie a été bouleversée.

Honorables sénateurs, tout n’est pas sombre. Le Canada affiche encore un taux de vaccination respectable qui frise les 85 %. Les entreprises se remettent sur pied, et les Canadiens peuvent être optimistes quant à la possibilité de retrouver le mode de vie qu’ils avaient avant la pandémie. La reprise sera un défi, mais la solidarité et l’altruisme dont nous avons été témoins à maintes reprises au cours des deux dernières années me font croire en notre capacité à surmonter les défis actuels et futurs.

Je crois que le projet de loi S-209 nous offrira une excellente occasion de nous souvenir non seulement des sacrifices consentis, mais aussi de la force et de la détermination dont tous les Canadiens ont fait preuve pour traverser les moments difficiles. J’appuie le projet de loi S-209 et j’encourage tous les sénateurs à l’appuyer également. Je vous remercie.

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