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Le mercredi 26 septembre 2012 - Interpellation l'éducation en français au Nouveau-Brunswick

L'éducation en français au Nouveau-Brunswick

Interpellation—Suite du débat

L'ordre du jour appelle :

Reprise du débat sur l'interpellation de l'honorable sénateur Losier-Cool, attirant l'attention du Sénat sur l'état actuel de l'éducation en français au Nouveau-Brunswick.

Son Honneur le Président : Honorables sénateurs, acceptez-vous que cet article, qui est inscrit au nom du sénateur Robichaud, demeure inscrit à son nom pour le reste de son temps de parole après l'allocution du sénateur Poirier?

Des voix : D'accord.

[Français]

L'honorable Rose-May Poirier : Honorables sénateurs, j'ai le plaisir de vous parler aujourd'hui de l'éducation en français dans les écoles du Nouveau-Brunswick.

En premier lieu, je vais vous parler un peu de mon expérience personnelle, pour poursuivre ensuite avec la postdéportation jusqu'à présent, c'est-à-dire des XIXe, XXe et XXI e siècles.

Je suis née dans une petite famille acadienne vivant dans une communauté anglophone au sud centre-est de la province du Nouveau-Brunswick. Récemment, cette petite ville de Chatham a été incorporée à Newcastle pour former la nouvelle ville de Miramichi.

Dans le temps — je parle ici des années mi 1960 —, il n'y avait pas d'école française dans la région. Imaginez, honorables sénateurs, une petite fille de six ans, qui avait été bien choyée par ses parents, faire son entrée en classe, dans un environnement tout à fait étrange où l'on parle une langue inconnue. Pour moi, l'entrée en classe fut un peu plus facile que ma grande sœur Nancy. Lors de sa première journée de classe, elle ne savait qu'un mot en anglais : apple.

(1430)

Voulant m'aider, elle m'avait appris quelques mots en anglais pour me préparer à ce monde nouveau.

À la maison, il incombait à mon père de nous aider avec nos leçons. En tant qu'ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale et, par la suite, en travaillant dans son métier de cordonnier, il fut exposé à la langue anglaise et pouvait nous aider avec nos devoirs, le soir.

Pour sa part, ma mère, femme de ménage, s'occupait du foyer et voyait au bien-être de toute la famille. Je me souviens d'une classe en français où nous apprenions des mots tels que plafond, porte, chaise, chat, et cetera, mais jamais des phrases complètes, à cette époque. Quelques années plus tard, j'ai pu aider mon petit frère lors de son entrée en Classes.

Je suis heureuse de vous dire que, depuis ces années, les choses ont changé pour le mieux. En 1987, Miramichi a eu son école et un centre communautaire pour desservir la population française de cette région. À vrai dire, les choses s'améliorent avec l'arrivée de l'honorable « petit » Louis Robichaud. Dès son très jeune âge, Louis ne cachait pas ses ambitions politiques. Il ira jusqu'à signer son annuaire de graduation, « Louis J. Robichaud, premier ministre du Nouveau-Brunswick ». À l'âge de 27 ans, il fut élu à l'assemblée législative pour représenter la circonscription de Kent lors des élections de 1952. Huit ans plus tard, en 1960, il réalise son rêve et devient le premier Acadien élu premier ministre — un poste qu'il occupera jusqu'à sa défaite, en 1970.

Durant cette décennie, la vision ou mission du premier ministre fut de s'assurer que tous les gens du Nouveau-Brunswick aient accès égal à une éducation dans la langue de leur choix. Grâce au travail acharné du premier ministre Robichaud, en 1969, la province du Nouveau-Brunswick devient officiellement une province bilingue — la seule au Canada!

Trente ans plus tard, l'honorable Bernard Lord, au début de son mandat, fit une révision et une mise à jour de la loi 88, Loi reconnaissant l'égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick. Tout en faisant cet exercice, le gouvernement Lord s'assura aussi qu'une révision périodique aux dix ans sera effectuée.

La réforme en éducation, amorcée par le « ptit Louis », intitulée Une chance égale pour tous, avait été appuyée par Richard Bennett Hatfield, premier ministre du Nouveau-Brunswick de 1970 à 1987. Pendant cette période, sous la direction du premier ministre Hatfield, le travail se poursuit. Au cours de ces années, nous voyons la cause de l'éducation en français au Nouveau-Brunswick prendre de l'ampleur. Le Réseau des collèges communautaires, qui fête cette année son 40e anniversaire, a vu le jour en 1972. Aujourd'hui, ses campus sont situés à Bathurst, Campbellton, Dieppe, Edmunston et dans la péninsule acadienne.

En 1978, l'Université de Moncton ouvre ses portes. Après 34 ans, cette institution compte trois campus, soit ceux de Moncton, de Shippagan et le dernier d'Edmunston. À la même époque, honorables sénateurs , le Centre-école Sainte-Anne à Fredericton ouvre ses portes en 1978, l'école Samuel-de-Champlain, à Saint- Jean, reçoit ses premiers étudiants en 1985, et le Carrefour Beausoleil, à Miramichi, voit le jour, à son tour, en 1987. Tous ces campus de collèges, universités et écoles furent bâtis pendant les 17 ans que l'honorable Richard B. Hatfield était premier ministre du Nouveau-Brunswick.

Les écoles franco-acadiennes, dans des régions franco-acadiennes, existaient depuis longtemps au Nouveau-Brunswick. En effet, les premières écoles acadiennes furent établies au début du XIXe siècle; la première, au Nord du Nouveau-Brunswick, a été établie à Saint- Basile en 1817.

Chose extraordinaire avec tout ce développement dans les années 1970 et 1980, les écoles furent bâties dans des régions principalement anglophones, mais qui comptaient une minorité francophone importante de 20 p. 100 ou plus.

Fait aussi important, les gouvernements qui se sont succédé ont tous, à leur tour, travaillé à renforcer et/ou améliorer le système d'éducation en français ou d'immersion française au Nouveau- Brunswick. Parfois, il a fallu beaucoup d'encouragement de la part des citoyens de la province pour ce faire. Toutefois, grâce à la patience et au dévouement des citoyens du Nouveau-Brunswick, nous avons aujourd'hui un bon système scolaire.

À titre d'Acadienne du Nouveau-Brunswick qui, en 1960, ne pouvait fréquenter une école française, je trouve tout à fait impressionnant et encourageant le fait que, aujourd'hui, ce sont les parents de racines anglophones qui réclament de leur gouvernement que les enfants aient accès à des classes d'immersion en français.

Aussi tard qu'en 2008, bon nombre de parents ont démontré qu'ils croyaient fermement à l'importance d'un système scolaire où l'immersion se fait dès la première année. Cette conviction fut clairement illustrée lors des manifestations organisées par le secteur anglophone à la suite de la parution du rapport Croll-Lee. Ce rapport proposait d'implanter un programme d'immersion française à partir de la cinquième année du primaire seulement. Ceci eut pour résultat que plusieurs parents ont décidé de se servir de leur statut « d'ayant droit à l'école en français et d'envoyer leurs enfants sur les bancs des écoles francophones », comme l'indique le troisième volume, no 34, de l'Étoile.

Devant ce mécontentement et après une révision judicieuse, le gouvernement de l'époque fit marche arrière avec l'entrée de l'immersion en école anglophone à partir de la troisième année du primaire. D'un autre point de vue, la question culturelle doit également être examinée de près. Si les parents n'ont pas de connaissances en français et que les enfants ne s'associent pas à la culture acadienne francophone, la possibilité que nos écoles franco- acadiennes deviennent des écoles d'immersion existe.

Tout cela nous montre, honorables sénateurs, qu'au Nouveau- Brunswick, en ce qui concerne l'enseignement du français dans nos systèmes scolaires, les choses ont changé pour le mieux. Il faut toutefois demeurer à l'écoute de la population minoritaire franco- acadienne.

Il y a sept ou huit ans, un jeune enfant portant un nom de famille très anglais, mais avec une mère française, fut enregistré dans une école française. À la grande surprise de ses parents, le personnel de l'école questionna leur choix d'envoyer leur enfant dans une école française, étant donné son nom anglais.

Tout récemment, un école francophone a célébré sa fierté française. Le personnel enseignant a demandé aux élèves de ne pas parler anglais à la maison, de ne pas regarder la télévision en anglais et d'écouter de la musique en français seulement. Imaginez, honorables sénateurs, ce jeune étudiant qui rentre à la maison et qui pense qu'il ne doit pas parler à son père, qui est anglophone. Imaginez la peine de cet enfant et de son papa.

Comme adultes, nous savons que ce n'était pas l'intention du personnel enseignant de provoquer des frictions dans les familles. C'est pourquoi il faut être sensible aux situations variées qui existent dans les foyers d'aujourd'hui.

Le système d'éducation en français au Nouveau-Brunswick n'est pas parfait. Nous avons fait beaucoup de progrès, mais il faut demeurer vigilant afin de protéger notre culture tout en respectant les droits d'autrui.

Comme l'honorable sénatrice Losier-Cool j'aimerais à mon tour citer le nom de quelques illustres individus venant de mon coin de l'Acadie, qui, je pense, ont toujours eu à cœur l'éducation en français au Nouveau-Brunswick. Si nous avons fait du progrès au cours des derniers 200 ans, c'est sûrement à cause de ces pionnières et des pères du renouveau acadien du XIXe siècle.

J'aimerais tout d'abord mentionner le nom de monseigneur Marcel François Richard. Il fut le dernier de dix enfants, de Pierre- Luc Richard, fermier, et Marie-Tharsile Barriault. Né le 9 avril 1847, on l'a connu, au fil des ans, comme le père des Acadiens. Il était aussi un bâtisseur par excellence. En plus de plusieurs églises, couvents, presbytères et autres, il bâtit plus de 50 écoles pour l'éducation de ses chers Acadiens.

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Après les première et deuxième Conventions nationales des Acadiens, il proposa et donna au peuple acadien sa fête nationale du 15 août, son drapeau tricolore avec, dans la partie bleue, une étoile aux couleurs papales, l'étoile de Marie. En dernier lieu, l'abbé Richard nous donna aussi notre hymne national, l'Ave Maris Stella.

Son travail et son dévouement sont à la base de la survivance acadienne et, bien sûr, de la survivance de la langue française au Nouveau-Brunswick. Pour aider Marcel-François Richard, nous avions l'honorable Pascal Poirier, avocat, fonctionnaire, écrivain et sénateur.

Né le 15 février 1852, à Shédiac, au Nouveau-Brunswick, il était le douzième et dernier enfant de Simon Poirier, fermier, et de sa femme Ozithe. Recommandé au premier ministre John A. Macdonald par le père Camille Lefebvre, Pascal Poirier accepta la position de maître de poste à la Chambre des communes en 1872, alors qu'il n'avait que 25 ans.

Cela ne mettra pas fin à ses ambitions puisque Pascal Poirier se fera connaître comme écrivain et publiera des ouvrages intitulés L'origine des Acadiens, Le père Lefebvre et l'Acadie et aussi Le parler franco-acadien et ses origines.

Ensemble, Pascal Poirier et son compatriote Marcel-François Richard sont parmi les personnages les plus marquants de la renaissance acadienne. Lui aussi fut présent à la Convention acadienne de 1881 et instaura une fête nationale distincte pour les Acadiens.

Pascal se fit porte-parole des Acadiens à l'extérieur des provinces maritimes en devenant sénateur en 1887. Il fut nommé à l'âge de 38 ans et occupa le poste de sénateur jusqu'à l'âge de 86 ans, soit un total de 48 ans au Sénat. Pour souligner les nombreuses années de service de l'honorable Pascal Poirier à la langue française, il reçoit, en 1929, une médaille d'or de l'Alliance française. Cela démontre le dévouement de Pascal Poirier à l'endroit du peuple acadien.

En dernier lieu, j'aimerais parler de l'Acadien sir Pierre-Amand Landry, avocat, homme politique et juge. Né le 1er mai 1846 à Memramcook, au Nouveau-Brunswick, il est le quatrième de neuf enfants de Amand Landry et de Pélagie Caissie. Son père était considéré comme l'un des chefs de la communauté et il fut le premier député d'origine acadienne du Nouveau-Brunswick.

À son tour, le jeune Pierre-Amand Landry devient le premier Acadien à occuper le poste d'avocat. Âgé de 24 ans, il se présenta à l'Élection provinciale. Lors de la retraite de son père, il fut élu le 5 juillet 1870. Sa carrière politique coïncida avec le début de la controverse sur la réforme scolaire de 1871. La Common School Act a été adoptée cette année-là. Cela signifiait que la taxe scolaire ne serait versée qu'aux écoles non confessionnelles.

Honorables sénateurs, nous savons que toutes les écoles acadiennes du Nouveau-Brunswick étaient, à l'époque, des écoles confessionnelles. Pierre-Amand Landry avait pris sa place à l'avant- plan de la lutte pour les droits des Acadiens. Il était à Caraquet en 1875 lors d'une manifestation contre la taxe scolaire.

[Traduction]

Son Honneur le Président intérimaire : Le temps de parole du sénateur est écoulé.

Le sénateur Poirier : Puis-je avoir quelques minutes de plus?

Son Honneur le Président intérimaire : Nous vous accordons cinq minutes.

[Français]

Le sénateur Poirier : En 1883, Pierre-Amand Landry remporte une victoire aux élections fédérales et, une fois rendu à Ottawa, il apporte du soutien aux Acadiens du Nouveau-Brunswick. Il fait part à sir John A. Macdonald du besoin de nommer un sénateur acadien. C'est Pierre-Amand Landry qui appuie la candidature de Pascal Poirier qui, le 9 mars 1885, devient le premier sénateur acadien.

À mon avis, si monseigneur Marcel-François Richard était le père des Acadiens, Pascal Poirier et Pierre-Amand Landry en sont certainement les parrains.

Pour revenir an XXIe siècle, je voudrais parler d'un autre Acadien : M. Yvon Fontaine. Huitième recteur de l'Université de Moncton, il fut le premier diplômé de cet institut nommé à ce poste. En 2007, il devient le premier Acadien à recevoir un diplôme honoraire de l'Université de Poitiers. Même si Yvon Fontaine prend sa retraite cette année, je suis certaine qu'il demeurera très actif dans le système d'éducation en Acadie.

Finalement, j'aimerais mentionner le nom d'un jeune artiste de grand talent qui parcourt le Canada et même le monde. Il est reconnu aux États-Unis, en France, en Suisse, en Belgique, en Espagne, en Afrique et en Asie. Ce jeune troubadour, chansonnier et ambassadeur, Christian « kit » Goguen, est un produit de chez nous. Diplômé de l'école Mgr Marcel-François-Richard à Saint-Louis-de- Kent, il remporte en 2003 le premier prix de compositeur et chanteur au Gala de la chanson, à Tracadie.

En 2006, il remporte les prix Rideau-Acadie et Le choix du futur à Moncton, Nouveau-Brunswick. Il a enregistré de nombreux disques avec la troupe Ode Acadie y compris les œuvres intitulées Petitcodiac, Grand-Pré et sa version de la chanson The Gathering Song, en mi'kmaq, qui parle de la collaboration qui existe entre le peuple mi'kmaq et les Acadiens. Il connaît aussi de succès en tant qu'artiste solo. Son séjour avec le Cirque du Soleil est marqué de réussites. Pas pire pour un jeune Acadien de chez nous!

Même si de belles et bonnes choses ont été accomplies à travers les années, nous ne tenons pas l'avenir pour acquis. Il faut continuer de trouver des manières de faire avancer l'éducation de nos jeunes dans la langue de leur choix. Il faut continuer d'ouvrir les portes de nos écoles aux familles qui veulent apprendre le français.

Avec tous ces grands Acadiens et Acadiennes qui ont été nommés au Sénat, je suis confiante que nos grands Acadiens et Acadiennes de demain seront à la hauteur de la tâche pour sauvegarder et faire avancer l'éducation franco-acadienne au Nouveau-Brunswick pour nos petits-enfants.

L'éducation en français au Nouveau-Brunswick a une fondation solide et demeure entre bonnes mains. Tout récemment, le gouvernement Alward a fait l'annonce qu'une somme importante sera versée dans les coffres du ministère de l'éducation afin d'assurer de bons rendements scolaires.

(Sur la motion du sénateur Robichaud, le débat est ajourné.)

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