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Le 10 juin 2020 - Étude sur la réponse du gouvernement à la pandémie de COVID-19

La sénatrice Poirier : Merci aux trois témoins pour tous les renseignements qu’ils nous ont communiqués. Nous vous sommes très reconnaissants d’avoir pris le temps de nous rencontrer aujourd’hui.

Ma question s’adresse à Mme Hall, de l’Association canadienne de soins de longue durée. Dans votre communiqué de presse du 4 juin, vous avez affirmé que le Canada n’était pas prêt à faire face à cette pandémie. Il a été pénible de voir comment nos soins de longue durée ont été débordés.

À votre avis, les conseils et les lignes directrices donnés par le gouvernement et l’Agence de la santé publique du Canada pour lutter contre la pandémie étaient-ils appropriés?

Mme Hall : Merci. Si je me reporte à l’expérience de beaucoup de nos membres, un problème souvent souligné concerne la chronologie : le moment où l’information était communiquée, le moment où les directives étaient données et le moment où ils avaient pleinement accès à de l’EPI, ainsi que la capacité de comprendre et d’appliquer les mesures de précaution. Très vite, il y a eu un décalage.

L’autre point que je mentionnerai, c’est que ce qui était conseillé n’était tout simplement pas réalisable sur le terrain. Si nous parlons de choses comme la distanciation sociale pendant les repas, par exemple, cela peut s’avérer extrêmement difficile, surtout dans les vieux établissements. Cela a créé des situations confuses incroyablement difficiles.

Depuis le début de la pandémie jusqu’à aujourd’hui — avec notre compréhension de la transmission asymptomatique, notre compréhension et la liste des symptômes reconnus de la COVID —, nos connaissances ont certainement augmenté considérablement. Au début, toutes ces lacunes ont créé des difficultés qui, à mon avis, ont contribué aux éclosions dans les foyers.

La sénatrice Poirier : Merci. Ma deuxième question s’adresse également à vous, madame Hall.

La Dre Theresa Tam a dit la semaine dernière qu’une explosion de cas est une possibilité réelle pendant une deuxième vague. La Dre Tam et le gouvernement ont-ils présenté des plans et des rectificatifs en prévision de la deuxième vague?

Mme Hall : Je sais que chaque province y va aussi de ses directives. Tout le monde continue de se concentrer sur le plan de regroupement en cohortes, les étapes de prévention et le dépistage du personnel.

À mesure que le temps passe, le financement des établissements de soins de longue durée étant souvent très limité, le fardeau de trouver les ressources nécessaires à l’achat de l’EPI — et nous voyons de nombreux exemples de prix gonflés —, ajouté aux difficultés constantes liées à l’accès, crée une situation où chacun tâche de s’en tirer de son mieux.

Je pense que tout le monde comprend beaucoup mieux la situation aujourd’hui qu’au début de mars, mais les défis demeurent. Je sais que le gouvernement fédéral prend des mesures pour assurer l’approvisionnement en EPI au Canada et que la planification se poursuit certainement au niveau provincial partout au pays, mais il y a encore des défis implicites quant au regroupement en cohortes et à la mise en place de toutes les mesures préventives possibles.

Pour ce qui est des effectifs, le défi demeure entier et exigera une planification à beaucoup plus long terme.

La sénatrice Poirier : Le 8 avril, l’Agence de la santé publique du Canada a publié des lignes directrices sur la prévention et le contrôle des infections par la COVID-19 dans les foyers de soins de longue durée. C’était presque un mois après le début de la pandémie au Canada. À votre avis, ces lignes directrices auraient-elles dû faire partie du plan de lutte contre la pandémie dès le début et non pas un mois plus tard? Combien de temps a-t-il fallu pour mettre en œuvre les lignes directrices sur le dépistage?

Mme Hall : Oui, cela a pris un mois, ce qui a entraîné un certain retard dans la réponse. Je pense que les particuliers partout au pays, et à l’échelle provinciale, les organismes surveillaient ce qui se passait à l’étranger et faisaient de leur mieux pour préparer une réponse vigoureuse pour leur propre foyer, en explorant et en s’employant à comprendre les mesures de dépistage, mais ils se fiaient aux directives des autorités nationales et provinciales de la santé publique pour s’assurer de bien suivre les tendances et l’évolution chronologique de la pandémie afin de savoir quand mettre en place les mesures indiquées.

Il y a eu un retard. Si les lignes directrices ou les directives avaient pu être données plus tôt, cela aurait permis de mettre en place beaucoup plus rapidement des mesures de dépistage plus rigoureuses.

La sénatrice Poirier : Merci.

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La sénatrice Poirier : Je remercie les témoins de leur présence et de leurs excellents exposés.

Ma première question s’adresse à Mme Lennox, de l’Association canadienne des individus retraités. Je viens d’une région rurale du Nouveau-Brunswick. Les personnes âgées dans les régions rurales ont été touchées différemment de bien d’autres dans les régions urbaines, surtout dans des aspects du quotidien auxquels on ne pense pas toujours, par exemple, les services bancaires. À l’heure actuelle, nos succursales bancaires sont fermées à cause de la COVID-19. Or, les personnes âgées, dont beaucoup ont plus de 80 ans, n’utilisent pas de cartes de crédit ou de débit. Elles paient encore comptant. Elles ne vont pas au guichet automatique et n’utilisent pas les services bancaires en ligne.

Bon nombre de personnes qui ont communiqué avec moi se sont dites surprises du manque de services. Il leur faut rouler plus d’une heure en voiture pour accéder aux services offerts en ville. Il n’y a pas d’autobus ni de taxi dans la campagne du Nouveau-Brunswick. Il y a beaucoup de problèmes là-bas, bien différents de ce qu’on peut vivre à Ottawa, par exemple, où il y a beaucoup de succursales et ce genre de choses.

À votre avis, quelles mesures, s’il en est, le gouvernement fédéral peut-il prendre pour mieux soutenir les aînés des régions rurales et éloignées, qui n’ont pas le même accès aux services que d’autres?

Mme Lennox : Je vous remercie de votre question. Je crois en avoir saisi une partie.

Nous avons des chapitres en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, et on nous a fait part de préoccupations semblables. Une partie du problème, c’est qu’il n’y a pas tellement de services offerts en région rurale. Cela nous ramène à ce que je disais dans mon introduction au sujet de l’augmentation du coût de la vie et de la fermeture d’un certain nombre de programmes en raison de la COVID-19. Ce sont des choses qui ont touché directement les aînés.

On croit à tort qu’ils ont échappé aux conséquences de la COVID-19, mais beaucoup ont été directement touchés. Comme vous le dites, bien des banques ont fermé leurs portes, comme bien des services de préparation des déclarations de revenus, et les gens comptaient là-dessus, surtout en ce moment. Les aînés ont aussi perdu l’accès à plusieurs banques alimentaires. Cela a été vraiment dur, comme nous l’avons entendu d’ailleurs de la part de nos propres membres.

La sénatrice Poirier : À votre avis, le gouvernement a-t-il mis en place les programmes et l’aide financière nécessaires pour que les aînés à faible revenu, à la campagne ou à la ville, soient protégés contre la deuxième vague qui, selon tout le monde, viendra probablement?

Mme Lennox : Non. Je pense que la deuxième vague inquiète réellement beaucoup de nos membres. Ils craignent qu’en pareil cas, certains services ne rouvrent pas ou ferment de nouveau.

Beaucoup étaient heureux de recevoir la prestation complémentaire à la pension de vieillesse et au SRG, mais ils auraient préféré qu’elle soit récurrente. Beaucoup sentaient qu’ils seraient les derniers à être libérés des contraintes de la distanciation physique. Alors je pense qu’on peut certainement faire mieux.

La sénatrice Poirier : Pensez-vous que le gouvernement devrait avoir un peu plus son mot à dire sur ce qui devrait ou ne devrait pas fermer, sur ce qui est essentiel ou non?

Mme Lennox : Je pense que le gouvernement a un rôle à jouer dans ces décisions-là, en collaboration avec les provinces.

La sénatrice Poirier : J’ai une question pour CanAge. Dans un article récent, vous disiez que des aînés vivaient dans l’insécurité financière. La réponse du gouvernement est un paiement unique, et deux mois après son annonce, les gens l’attendent toujours. Le premier ministre a dit que l’économie était gelée, mais il ne semble pas pressé d’aider les aînés dans cette économie gelée dont il parle.

Après le paiement unique qui sera fait en juillet, pensez-vous que les aînés à faible revenu pourront survivre sans autre aide financière du gouvernement fédéral? Ma question s’adresse à CanAge, Mme Tamblyn Watts.

Mme Tamblyn Watts : La réponse est non, les aînés ne reçoivent pas assez d’aide. Le paiement unique est bienvenu, mais ils attendent aussi un supplément à la Sécurité de la vieillesse, qui ne s’en vient pas encore. Nous savons que les personnes âgées sont les plus durement touchées, surtout celles qui vivent en milieu rural, et qui sont peut-être déjà aux prises avec la pauvreté et la marginalisation intersectionnelles. La deuxième vague n’est pas une théorie; c’est déjà un enjeu majeur.

J’aimerais revenir à la question que vous avez posée à ma collègue. En ce qui concerne les services bancaires ruraux, nous devons nous ouvrir aux idées du système bancaire ouvert, des services bancaires par l’entremise de Postes Canada, du recours accru aux dépôts directs et aux versements automatiques et surtout, au cours des deux prochaines années, explorer la question des incidences fiscales automatiques. Nous savons que les personnes âgées ont de la difficulté à préparer leurs déclarations de revenus, mais c’est par là qu’on accède aux prestations. Nous devrions essayer de faire comme d’autres pays de l’OCDE et offrir la préparation automatique des déclarations de revenus au lieu d’en imposer le fardeau à des gens de plus en plus démunis et marginalisés.

La sénatrice Poirier : Merci beaucoup.

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