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Le 20 mai 2020 - Étude sur la réponse du gouvernement à la pandémie de COVID-19

La sénatrice Poirier : Je remercie les témoins de leur présence et de leurs exposés, qui sont très appréciés.

Ma première question s’adresse au représentant de l’Association médicale canadienne. Dans votre dernier sondage, un tiers des médecins en pratique communautaire ont dit que moins de deux jours de stocks d’équipement de protection individuelle étaient disponibles. Pourtant, le 3 mai, près de deux mois après le début des mesures de confinement, le gouvernement a créé un nouveau Conseil sur l’approvisionnement lié à la COVID-19 pour, entre autres choses, « passer des commandes en lot au nom des provinces et des territoires ».

Il est difficile de commander quand on est déjà en crise. Je vous demande donc comment, à votre avis, le Conseil sur l’approvisionnement lié à la COVID-19 aidera les médecins canadiens à obtenir l’équipement de protection individuelle qui manquait déjà et quelle aide il peut fournir aux médecins et infirmières par ailleurs, si on ne leur accorde pas de sièges au sein de ce conseil?

Dr Buchman : Merci beaucoup de votre question. Je pense que la meilleure façon pour le conseil d’aider à obtenir l’équipement de protection individuelle et à épauler les professionnels de la santé est de coordonner l’achat de cet équipement, de créer un approvisionnement national, y compris une norme ou des critères de qualité, pour que l’équipement importé respecte les normes canadiennes, et de communiquer des renseignements cohérents et coordonnés aux fournisseurs de soins de santé et aux administrateurs régionaux de la santé, notamment, pour que ces derniers soient ensuite en mesure de distribuer l’équipement de façon coordonnée et socialement juste dans les endroits du pays où il est le plus nécessaire en ce moment. Je pense qu’ils auront un rôle important à jouer dans la promotion et la coordination de l’approvisionnement en équipement de protection individuelle.

Il est tard. Le gouvernement a travaillé très fort pendant toute la crise pour essayer d’obtenir de l’EPI, d’en acheter et de réoutiller nos installations de fabrication actuelles pour qu’elles assurent un approvisionnement national. Cela pose un défi. Nous ne devrions pas être dans une situation où nous devons faire des pieds et des mains pour obtenir cet équipement. Cela nous ramène à une question posée plus tôt au sujet de la réponse à la pandémie, et j’espère que le conseil pourra nous aider à nous préparer pour plus tard, à plus long terme, une fois que nous aurons traversé la majeure partie de cette crise.

La sénatrice Poirier : Je m’adresse encore une fois à l’association médicale. L’expérience passée de la pandémie de grippe laisse supposer que des vagues récurrentes de COVID-19 sont une forte possibilité. À l’heure actuelle, il semble que nous approchons de la fin de la première vague, mais à votre avis, le gouvernement a-t-il mis en place les mesures nécessaires pour que les professionnels de la santé soient prêts pour une deuxième ou une troisième vague, et sinon, que devrait faire le gouvernement différemment?

Dr Buchman : À mon avis, nous ne sommes pas tout à fait prêts pour une deuxième vague. Nous n’avons pas de tests de diagnostic adéquats, donc des tests originaux — des tests destinés aux gens qui ont la maladie, et nous ne faisons pas suffisamment de traçage des contacts. Lorsque nous assurons un dépistage adéquat des cas, ainsi que le traçage des contacts, nous pouvons mieux nous préparer à voir si le système de soins de santé sera débordé. Nous avons une bien meilleure idée de ce que nous devrons faire. De plus, nous n’avons pas entrepris de tests sérologiques, qui permettent d’évaluer l’immunité au sein de la population.

Nous n’avons pas suffisamment d’information sur ce qui se passe et nous ne pouvons pas prendre de bonnes décisions fondées sur des données probantes au sujet de la réouverture du système de soins de santé, par exemple, le nombre de chirurgies électives, le rétablissement des soins primaires, tout ce que nous faisons habituellement, et nous ne sommes pas en mesure de rouvrir l’économie et les écoles, et ainsi de suite, en se fondant sur des données probantes, alors nous faisons un pari en déconfinant.

Nous comprenons les défis que posent une économie, des entreprises et une société où les gens sont soumis à de telles restrictions. Le maintien des restrictions a d’énormes conséquences sur la santé. Il y a la violence conjugale, bien sûr, il y a les problèmes de santé mentale chroniques, il y a la pauvreté, il y a des gens qui ne reçoivent pas de soins primaires, qui ne s’occupent pas de leur hypertension et de leurs maladies cardiovasculaires, qui ne font pas de dépistage du cancer. Tout cela est vraiment important, mais nous avons besoin des tests, nous avons besoin du traçage et nous avons besoin des tests sérologiques pour prendre des décisions sur la suite.

La sénatrice Poirier : Merci beaucoup.

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La sénatrice Poirier : Ma question fait suite à la réponse du Dr Buchman tout à l’heure. Comme vous l’avez dit plus tôt, nous ne sommes pas prêts pour une deuxième ou une troisième vague éventuelle, en raison du manque de tests et de recherche des contacts. J’ai lu un article tout à l’heure qui disait que nous accusons un retard par rapport à d’autres pays sur le plan des tests. Ma question est la suivante : pourquoi prenons-nous du retard quant aux tests à un moment où le gouvernement devrait élargir l’accès à ces tests?

Dr Buchman : Je ne connais pas la réponse à cette question. De quoi s’agit-il, manquons-nous d’équipements pour faire des tests adéquats? Y a-t-il un manque de travailleurs qualifiés qui peuvent faire la recherche des contacts? Le simple fait de procéder manuellement nous fait prendre du retard. Nous pourrions embaucher beaucoup plus de dépisteurs de contacts et les former facilement à cet égard. Cette question doit être examinée. À l’heure actuelle, je ne sais pas pourquoi nous accusons un tel retard par rapport aux autres pays. J’aimerais bien le savoir.

La sénatrice Poirier : Merci. Nous pourrions peut-être faire un suivi.

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La sénatrice Poirier : Ma première question s’adresse à la Société de la médecine rurale du Canada.

Nous avons beaucoup entendu parler du manque d’EPI aux quatre coins du Canada. Pourriez-vous nous en dire davantage sur la disponibilité, en ce moment, de l’équipement de protection individuel et des tests dans les localités rurales et éloignées? Avez-vous facilement accès aux trousses de dépistage et aux services de recherche des contacts dans ces collectivités?

Dre Tromp : La situation avec l’EPI, c’est un peu comme une cible mouvante. Avant la COVID, à l’urgence, j’utilisais en moyenne zéro masque par jour, peut-être un ou deux par semaine. Là, nous nous retrouvons dans une situation où nous utilisons un masque neuf pour chaque patient rencontré. C’est ainsi que nous sommes censés procéder idéalement, parce que si un patient expire sur nous, le virus pourrait se retrouver sur notre masque, puis, lorsque nous parlons au patient suivant, le virus qui a atterri sur notre masque pourrait être transmis à cet autre patient. Dans un monde idéal, nous changerions de masque chaque fois que nous rencontrerions un patient.

Dans mon service d’urgence, nous voyons entre 60 et 100 patients par jour. Cela signifie que, dans un monde idéal, nous aurions besoin de 60 à 100 masques par jour. Cela représente environ 1 000 fois plus de masques qu’auparavant.

Comment décider qu’on en a assez? Maintenant, au lieu de changer notre masque à chaque patient, on nous donne un masque au début de chaque quart de travail et on nous encourage à l’utiliser pendant tout ce quart de travail. S’il est souillé, on nous en donne un deuxième. Comme je l’ai dit, il n’y a pas eu beaucoup de cas de COVID-19 dans notre collectivité, alors je pense qu’en général, les gens qui travaillent à l’urgence ne sont pas très anxieux à ce sujet. Mais si vous vivez dans une collectivité comme La Loche, où on vous dit d’utiliser le même masque toute la journée, le niveau d’anxiété est tout à fait différent.

L’un des problèmes que les gens m’ont signalé, c’est ce véritable bouleversement émotionnel lié au fait de devoir poser des gestes qui, avant la COVID, auraient été considérés comme une faute professionnelle ou comme des soins infirmiers ou médicaux médiocres. On n’aurait jamais gardé le même masque d’un patient à l’autre. Si on l’avait fait, on aurait été réprimandé pour mauvaise pratique. Maintenant, on nous demande de le faire, et cela bouleverse les gens.

Par exemple, dans mon cabinet, il y avait une femme qui travaillait pour une entreprise de soins à domicile, et c’est son travail de fixer des rendez-vous — elle n’était pas dans mon cabinet, mais nous avons parlé au téléphone — aux préposés aux services de soutien à la personne pour entrer chez les gens. Elle a dit : « Je sais que ce n’est pas correct. Ils doivent utiliser le même masque toute la journée, alors qu’ils passent de maison en maison. » Elle pleurait en me disant cela. Elle a dit : « Je ne peux pas faire cela. C’est tout à fait inacceptable. On nous a dit que ce n’est pas ce qu’il faut faire, mais c’est ce que nous devons faire. »

Comme nous utilisons tous le même EPI, le même masque pour la journée, nous ne sommes pas à court. Il ne m’est jamais arrivé d’aller au travail et de me faire dire : « Nous n’avons pas de masque pour vous aujourd’hui. » Il y en a toujours un pour moi tous les jours, mais à l’hôpital et dans mon cabinet privé, je fournis mes propres masques. À l’hôpital, il y en a toujours, mais c’est parce que nous les utilisons à un niveau qui, avant la COVID-19, aurait été considéré comme contraire aux recommandations en matière de santé publique.

C’est donc la même chose dans toutes les collectivités rurales de ce type.

La sénatrice Poirier : Selon vous, le gouvernement en fait-il assez pour s’attaquer aux problèmes de santé mentale apparus à la suite de la pandémie et des mesures d’éloignement physique subséquentes pour les collectivités rurales? Que peut-on faire de plus?

Dre Tromp : Les problèmes de santé mentale arrivent un peu plus tard. Au départ, il y a l’isolement social. Vous avez probablement vu les courbes que les gens montrent au sujet de la vague initiale qui s’est élevée, puis il y a l’après-vague, lorsque certaines personnes sont rentrées à la maison et sont de nouveau tombées malades. Ensuite, il y a la vague des soins chroniques, où les gens qui devraient recevoir des soins, mais qui n’en reçoivent pas, tombent malades. Enfin, il y a la vague de la santé mentale qui est plus progressive et qui arrive plus tard. Les principaux effets sur la santé mentale apparaissent donc des semaines ou des mois plus tard.

Pendant la première ou les deux premières semaines, les gens ne vont pas trop mal, mais stressent de plus en plus à mesure que leur isolement augmente. Comment pouvons-nous régler ces problèmes? Beaucoup d’entre nous ne connaissent même pas encore les effets sur la santé mentale, parce que ces patients ne se présentent pas à nous parce qu’ils ont ce message — que je ne leur ai pas transmis; j’ai écrit à mes patients et je leur ai dit de téléphoner et de faire ceci et cela —, mais il y a beaucoup de patients qui hésitent à appeler ou à venir à moins d’avoir l’impression d’être littéralement en train de mourir. Ils n’ont donc pas de problèmes de stress ni de santé mentale à l’heure actuelle, mais je pense que cela viendra plus tard.

À l’heure actuelle, il n’y a pas beaucoup de gens qui prennent rendez-vous par téléphone avec moi pour discuter de problèmes de santé mentale. La plupart de ceux que j’ai vus avec ce problème ont déjà eu des facteurs de stress dans leur vie et peut-être qu’ils commencent à s’en ressentir, mais ce sont des gens que je n’aurais pas été totalement surprise de voir s’ils étaient venus me consulter pour des problèmes de santé mentale non liés à la pandémie.

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