[ SkipToMainMenu ]

Le 26 juin 2020 - Étude sur la réponse du gouvernement à la pandémie de COVID-19

La sénatrice Poirier : Merci d’être avec nous aujourd’hui, madame la ministre. Je remercie également tous les autres témoins qui sont prêts à répondre à nos questions. Je vous en sais gré, et je crois que vous nous fournissez de l’information très importante alors que nous sommes sur le point de terminer la première partie de notre étude actuelle.

Ma première question s’adresse en fait à la Dre Tam, si vous me le permettez. D’innombrables témoins entendus par le comité dans le cadre de notre étude ont parlé de la difficulté d’accès à de l’équipement de protection individuelle. C’est la préoccupation première, dans le contexte de la pandémie. Les hôpitaux et les travailleurs ont dû rationner leur équipement en attendant d’être réapprovisionnés, et certains ont même dû réutiliser de l’équipement. Comme la Dre Margaret Tromp nous l’a dit, cela aurait été considéré comme de la négligence professionnelle, avant la COVID. Docteure Tam, que saviez-vous du manque d’équipement de protection individuelle dans notre Réserve nationale stratégique d’urgence? Pouvez-vous dire au comité si vous avez personnellement averti le gouvernement du sous-financement ou du manque de fournitures de la Réserve nationale stratégique d’urgence?

Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique, Agence de la santé publique du Canada : Je vous remercie de votre question.

Dans le contexte canadien, tous les ordres de gouvernement, en particulier les provinces et les territoires, sont responsables du système de soins de santé comme tel. Chaque gouvernement provincial ou territorial s’assure d’avoir une réserve, et c’est là que l’équipement de protection individuelle est principalement utilisé.

La Réserve nationale stratégique d’urgence, qui est gérée par l’Agence de la santé publique du Canada, ne comportait en fait pas tellement d’équipement de protection individuelle avant cette pandémie en particulier. Je crois que c’est assez transparent, car la réserve elle-même est dans une grande mesure axée sur des réserves inhabituelles de vaccins et de médicaments que les provinces n’accumulent pas normalement dans leurs réserves. Il y avait une petite quantité d’équipement de protection individuelle qui pouvait servir au cas où les réserves des provinces et territoires ne suffiraient pas.

Bien entendu, cet événement nous a enseigné qu’il faut une quantité incroyable d’équipement de protection individuelle dans le contexte d’une telle pandémie, et le gouvernement, de concert avec divers ministères, Services publics et Approvisionnement Canada et l’Agence de la santé publique, Santé Canada et nos collègues d’ISDEC, se sont rapidement mobilisés pour mettre en œuvre de multiples approches différentes pour acquérir le plus rapidement possible de l’équipement de protection individuelle, et ce, sur un marché d’approvisionnement inhabituel et très concurrentiel, de manière à acheminer cet équipement aux Canadiens et pour ensuite établir un approvisionnement national. Il s’est donc fait beaucoup de travail, le plus rapidement possible, au début de la pandémie.

La sénatrice Poirier : Merci, docteure Tam.

Dernièrement, nous voyons aussi de plus en plus de cas sur la scène mondiale, et il semble chaque jour y avoir un nouveau record du nombre de cas enregistrés en un jour. Nous avons maintes fois entendu que nous ne sommes pas prêts pour une deuxième vague et que nous devons nous y préparer. La question n’est pas de savoir s’il y aura une deuxième vague, mais quand il y aura une deuxième vague, d’après ce que nous entendons. Docteure Tam, quel est votre plan pour veiller à ce que nous soyons prêts pour la deuxième vague? Que diriez-vous aux travailleurs de la santé à la veille de la deuxième vague, pour les assurer que nous sommes prêts, que nous avons l’équipement nécessaire et que le gouvernement est préparé?

Dre Tam : En ce moment, comme tout le monde le comprend, les Canadiens, de nombreux partenaires et tous les ordres de gouvernement se sont vraiment efforcés de faire obstacle à cette vague initiale, mais nous gardons constamment à l’esprit le risque de résurgence et demeurons vigilants. Il n’est pas uniquement question d’une deuxième vague. Étant donné que le virus demeure présent dans le monde, compte tenu du contexte canadien, et parce que nous n’avons pas de vaccin, la population risque peu d’avoir un degré élevé d’immunité, ce qui fait que le risque de résurgence est très réel. Ce sont les mesures de santé publique que tout le monde a mises en œuvre qui limitent en ce moment la propagation du virus, et cela a été efficace.

Cependant, bien sûr, tandis que nous rouvrons avec prudence certains secteurs de notre société, il se fait simultanément une planification rapide en cas de résurgence. Par exemple, les modélisateurs ont travaillé avec acharnement à nous démontrer que si nous ne mettons pas en place une juste combinaison de mesures de santé publique comprenant le dépistage, la recherche des contacts, l’isolement et la quarantaine, une résurgence est très vraisemblable.

Ce que nous essayons de faire tandis que nous travaillons à éliminer tout risque d’éclosion immédiatement — c’est le plan —, c’est de nous préparer à une vague encore plus importante à l’automne et l’hiver. Cela pourrait se produire n’importe quand, en fait, et nous devons donc être prêts en tout temps et constamment améliorer notre capacité. Ce qui nous préoccupe en ce moment, et ce pour quoi nous faisons actuellement des plans avec tous les médecins-hygiénistes en chef du Canada, c’est la possibilité d’une vague qui serait simultanée à une éclosion d’influenza. Nous travaillons très fort à cela.

Le premier ministre et les premiers ministres des provinces ont établi des conditions pour la réouverture. Outre les capacités et mesures de santé publique établies, par exemple le dépistage et la recherche des contacts, il faut absolument que le système de soins de santé ait la capacité requise pour faire face à toute résurgence.

Pendant la première vague, en fait, les provinces et territoires ont été en mesure de maintenir une sorte de surcapacité du système de soins actifs. Cela a donc été relativement bien géré pendant la première vague, avec le maintien de places vacantes. Certains de mes collègues ici présents pourraient en dire plus à ce sujet.

Il se fait beaucoup de travail de modélisation des besoins en équipement de protection individuelle selon les différents scénarios, et des efforts sont déployés pour obtenir les besoins des provinces et des territoires en temps réel, mais aussi pour faire de la planification. Localiser tout l’équipement est un travail colossal qui se poursuit.

Nous croyons tous, bien sûr, que protéger les travailleurs de la santé et quiconque travaille dans le système de soins de santé est crucial, mais bien sûr nous n’oublions pas nos aînés et les résidences de soins de longue durée également. Le système de soins actifs n’a pas été touché, mais les résidences de soins de longue durée et les résidences pour aînés le sont, et ces établissements ont besoin d’équipement de protection individuelle également.

La sénatrice Poirier : Merci beaucoup, docteure Tam.

---------

La sénatrice Poirier : Encore une fois, merci, madame la ministre, de nous accorder plus de temps.

Ma question s’adresse à vous, madame la ministre. Plus tôt dans mes questions, la Dre Tam a parlé de la réserve qui était peut-être sous-financée ou insuffisante, à savoir la Réserve nationale stratégique d’urgence. Madame la ministre, à quel moment le gouvernement ou vous avez été informés que la réserve était insuffisante et sous-financée?

Nous avons également entendu de nombreux témoins dire craindre la deuxième vague et un manque de préparation pour la deuxième vague, et beaucoup d’entre eux estiment que nous ne sommes pas préparés. Pourriez-vous, s’il vous plaît, confirmer l’état de la Réserve nationale stratégique d’urgence à l’heure actuelle? Sommes-nous financés? Sommes-nous préparés pour la deuxième vague à venir?

Mme Hajdu : Merci beaucoup de la question.

Je pense que les déclarations de la Dre Tam font état que la Réserve nationale stratégique d’urgence n’était pas destinée à stocker d’énormes quantités d’équipements de protection individuelle. En outre, il est difficile pour la Réserve nationale stratégique d’urgence de le faire, car différentes infections nécessitent différents types d’EPI et différents types d’équipement.

Cela dit, nous savons ce dont nous avons besoin avec la COVID-19 et, en fait, Approvisionnement Canada a un tableau de bord disponible publiquement qui peut vous donner un aperçu direct de ce que nous avons commandé et acheté.

Nous avons une entente avec les provinces et les territoires selon laquelle 20 % de nos acquisitions sont conservées dans la Réserve nationale stratégique d’urgence afin que nous puissions répondre à leurs besoins accrus en cas d’une hausse marquée de cas dans une région particulière du pays. Je dois remercier mes partenaires provinciaux et territoriaux de travailler si fort en ce sens. Cela leur permet également de constituer leurs réserves avec l’équipement dont ils pourraient avoir besoin en cas d’une hausse marquée de cas ou d’une deuxième vague, tout en permettant au gouvernement fédéral de reconstituer les réserves dont nous avons besoin pour soutenir cette opération.

Les provinces et les territoires demandent fréquemment de l’équipement ou de l’équipement de protection individuelle provenant de la Réserve nationale stratégique d’urgence. Je pense que nous avons reçu plus de 45 de ces demandes, et nous avons réussi à répondre à toutes les demandes des provinces et des territoires; je pense donc que nous sommes sur la bonne voie.

Pour ce qui est du moment où j’ai été informée, j’ai été nommée à ce poste environ un mois et demi avant le début de la pandémie. Nous préparions des lettres budgétaires, des demandes concernant le vaccin contre la grippe, etc. Ces conversations ont eu lieu très tôt pour savoir ce que nous avions et n’avions pas et ce que nous allions devoir acheter.

Enfin, en ce qui concerne l’engagement du gouvernement fédéral à se procurer suffisamment d’EPI, je peux vous dire qu’aucune dépense n’est épargnée pour veiller à ce que les Canadiens soient prêts à affronter la prochaine vague, quelle qu’elle soit.

La sénatrice Poirier : Merci, madame la ministre.

--------

La sénatrice Poirier : Je vous remercie tous les deux de témoigner aujourd’hui. J’exprime aussi toute ma gratitude à tous les membres des Forces armées canadiennes qui ont répondu à l’appel et qui, malheureusement, s’exposent ainsi à un risque.

Le rapport publié en mai révèle les failles du réseau de soins de longue durée de l’Ontario, des failles que nous n’avons malheureusement pas le temps de corriger avant que la deuxième vague ne frappe probablement. Pourriez-vous nous indiquer si vous jugez que vous disposez des ressources humaines, financières et matérielles dont vous avez besoin pour combattre une deuxième vague dans les établissements de soins de longue durée, comme l’armée l’a fait lors de la première vague?

Bgén Bourgon : Je vous remercie de poser cette question.

Je pense que les Forces armées canadiennes constituent la force de dernier recours. Nos membres sont prêts à intervenir à la demande du gouvernement fédéral. Nous disposons effectivement du personnel et des ressources nécessaires, et quand on nous demandera de retourner dans les établissements de soins de longue durée parce qu’il y a un besoin, nous nous exécuterons.

La sénatrice Poirier : D’accord. Quel a été le plus gros défi que les Forces armées canadiennes ont dû relever jusqu’à présent dans les établissements de soins de longue durée?

Bgén Bourgon : Je pense que je répondrai en premier, puis je céderai la parole au général Bilodeau. Je pense que la tâche différait de tout ce que les Forces armées canadiennes ont eu à faire auparavant. D’entrée de jeu, le plus gros défi a consisté à offrir la formation et à assurer la logistique et la coordination dans les établissements de soins de longue durée pour que nous connaissions nos rôles et les besoins, car c’était quelque chose de nouveau. Nous avons l’habitude d’aider la population canadienne lors d’inondations et d’incendies, mais c’était la première fois que nous intervenions dans des établissements de soins de longue durée. C’est le principal enseignement que nous avons tiré de l’expérience. Major-général Bilodeau, voulez-vous intervenir?

Major-général Marc Bilodeau, médecin général adjoint / directeur général des services cliniques, Groupe des Services de santé des Forces canadiennes : J’ajouterais qu’à titre de médecin, le plus gros défi venait du fait que le milieu dans lequel nos membres étaient à l’œuvre était hautement infectieux. Le milieu posant un risque élevé, nous avons dû faire moult préparations pour nous assurer que nos membres étaient aussi protégés que possible afin de protéger leur santé, celle de leurs collègues civils qui étaient déjà en poste dans les établissements et, surtout, celle des résidants qui y étaient hébergés.

Le fait est que ce genre de tâche d’ordre médical était nouvelle pour nous, car nous n’avions manifestement jamais affecté de membres des forces armées dans des établissements de soins de longue durée auparavant. Voilà qui a exigé beaucoup de préparations également. La formation a notamment consisté à comprendre la nature des milieux de soins de santé et la manière dont nous pouvions apporter de l’aide malgré le fait que nous n’étions pas experts en la matière.

La sénatrice Poirier : Je vous remercie. J’ai deux autres brèves questions, que je formulerai ensemble dans l’espoir de pouvoir les poser.

D’abord, nous avons entendu dire qu’une pénurie d’équipement de protection individuelle, ou EPI, sévissait à bien des endroits. Je me demande si les Forces armées canadiennes ont été confrontées au même problème. Disposiez-vous d’EPI en quantité suffisante?

De plus, lors de la première vague, vous n’êtes intervenus que dans deux provinces. Si vous devez intervenir dans d’autres provinces du pays lors de la deuxième vague, êtes-vous équipés pour le faire? Êtes-vous prêts à agir? Disposez-vous de l’effectif nécessaire?

Bgén Bourgon : Je commencerai avec la question sur l’EPI. Cet équipement comprend toujours deux genres de fournitures: l’équipement médical et non médical. Initialement, avant que la crise ne frappe, l’EPI était laissé à la discrétion des régions. Il incombait donc à chacune de nos bases et de nos escadres de s’approvisionner en EPI. Avec la crise de la COVID-19, nous avons rapidement constaté que l’ensemble du gouvernement ne disposait pas d’EPI en quantité suffisante. L’Agence de la santé publique du Canada et Services publics et Approvisionnement Canada ont donc pris le contrôle du processus d’approvisionnement pour l’ensemble des organismes gouvernementaux afin de coordonner un achat de masse, qui a déjà été effectué. L’équipement commence lentement à arriver.

En ce qui concerne le matériel non médical, ce sont les gants et les masques qui sont très importants pour nous. La commande de masse qui, comme je l’ai indiqué, a été effectuée vient de Chine. Elle a été légèrement retardée, mais nous sommes convaincus qu’elle arrivera au cours de l’été. Ainsi, si une deuxième vague frappe, nous disposerons de l’équipement nécessaire pour faire le travail.

Je laisserai au major-général Bilodeau le soin de traiter de l’aspect médical, puis je vous dirai ce que nous pourrons faire pour les provinces dans l’avenir.

Mgén Bilodeau : Outre les gants et les masques non chirurgicaux destinés aux professionnels des soins de santé, nous avons besoin de masques N95. Je suis certain que vous en avez entendu parler. Il s’agit d’une ressource difficile à obtenir actuellement. Nous avons aussi besoin de blouses et d’écrans faciaux, de l’équipement initialement difficile à obtenir. Nous sommes maintenant dans une meilleure position et nous commençons à constituer des réserves qui nous permettront d’être prêts en cas de demandes supplémentaires potentielles. Je vous rends la parole, brigadière-générale Bourgon.

Bgén Bourgon : Pour ce qui est d’aider les autres provinces, nous disposons d’un nombre limité d’employés médicaux. Les Forces armées canadiennes employant seulement le personnel médical dont elles ont besoin pour prendre soin de leur effectif et pour participer aux opérations en déploiement, nous n’avons pas beaucoup d’employés médicaux. Bien entendu, si une autre crise survient et que nous devons aider plus de provinces, nous devrons établir des priorités. Si tous nos membres agissent de nouveau à titre de force de dernier recours, nous affecterons tout notre personnel et nous formerons nos équipes, mais le gouvernement fédéral devra établir certaines priorités pour que nous puissions aider les installations essentielles des provinces de notre mieux avec les ressources dont nous disposons.

La sénatrice Poirier : Je vous remercie beaucoup. Une fois encore, je vous remercie tous de ce que vous faites pour nous et pour le pays. Nous vous en sommes très reconnaissants. Merci.

Retourner à : Questions - Affaires Sociales, Sciences et Technologie