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Le 27 mai 2020 - Étude sur la réponse du gouvernement à la pandémie de COVID-19

La sénatrice Poirier : Bonjour, mesdames et messieurs. Merci d’être ici, et merci de vos présentations.

Ma première question s’adresse à M. Jeff Wilkins. L’Établissement Joliette pour femmes est probablement l’établissement correctionnel fédéral le plus durement touché par la COVID-19. J’ai une question en trois parties à poser. Pouvez-vous nous dire combien d’agents ou d’autres membres du personnel de l’Établissement Joliette ont été infectés? Savez-vous pourquoi autant d’agents ont été infectés? Est-ce à cause de la configuration des lieux? Quelles leçons devrions-nous tirer de ce qui s’est passé à Joliette?

M. Wilkins : Oui, je peux vous informer de la situation.

Actuellement, à l’Établissement Joliette, aucun agent de correction n’a obtenu un test de dépistage positif à la COVID-19, mais, au plus fort de la crise, je crois qu’il y en avait environ 70.

Je peux vous dire que l’Établissement Joliette, à l’instar de la plupart des établissements pour femmes, est un milieu ouvert. Depuis que la COVID-19 a frappé, nous avons notamment appris que nous devons être capables de maintenir nos distances les uns par rapport aux autres. C’est très difficile à faire dans un établissement fondé sur un cadre de milieu de vie en logement, où les détenues se rassemblent dans des aires communes générales. À mon avis, c’est l’une des principales raisons pour lesquelles les établissements comme celui de Joliette et certains des établissements à sécurité minimale du pays ont été durement frappés lorsque le virus s’y est introduit.

En ce qui concerne les leçons apprises, bien sûr, la configuration de certaines infrastructures est plus commode pour empêcher la propagation de la COVID-19. Toutefois, je ne crois pas que le Service correctionnel du Canada s’apprête à changer complètement les infrastructures. Il s’agit d’une situation sans précédent, et la plupart de ces établissements reposent sur la réadaptation dans un cadre communautaire, alors ils se prêtent mieux à la réadaptation.

La sénatrice Poirier : Merci.

Ma deuxième question s’adresse aussi à vous, monsieur Wilkins. Vous avez envoyé une lettre au ministre Blair pour demander une quantité suffisante de trousses de dépistage afin de dépister le personnel essentiel. À ce jour, près de deux mois plus tard, le ministre a-t-il répondu à votre lettre et avez-vous reçu une quantité suffisante de trousses de dépistage?

M. Wilkins : Le ministre ne nous a pas répondu par écrit, mais nous nous sommes parlé. Ce n’est que maintenant que l’on commence à offrir des dépistages aléatoires au personnel des établissements, en commençant par la région du Québec ainsi que la région du Pacifique. Bien sûr, c’est une mesure que nous avions demandée, mais elle est mise en œuvre presque deux mois plus tard. La réalité commence à nous rattraper parce que, selon moi, la société en général a appris qu’il est important de dépister les personnes asymptomatiques, ce qu’on a désormais commencé à faire dans ces établissements.

La sénatrice Poirier : Merci.

Sommes-nous prêts pour la deuxième vague dont on entend parler? Selon vous, le gouvernement a-t-il apporté les ajustements nécessaires pour veiller à ce que les établissements correctionnels du Canada soient prêts pour la deuxième vague?

M. Wilkins : Comme je l’ai mentionné dans ma déclaration liminaire, nous ne pouvons pas rentrer chez nous et nous devons veiller à ce que la frontière soit protégée. Notre état de préparation à la deuxième vague dépend entièrement des mesures que nous prenons maintenant.

Bien sûr, dans les faits, si on empêche tout le monde d’entrer dans l’établissement, on empêche aussi la COVID-19 d’en sortir. Toutefois, certains de nos membres doivent faire l’aller-retour entre la maison et le travail. Si nous envisageons de rouvrir nos portes et de nous préparer à une deuxième vague, nous devons être disposés à nous confiner, comme le reste du Canada le fait actuellement.

À mon avis, nous disposons d’équipement de protection individuelle. Nous sommes prêts à ce chapitre. Bien sûr, nous devons nous préparer à faire en sorte que l’éloignement physique continue d’être respecté dans l’établissement afin de prévenir la propagation du virus s’il venait à y entrer.

La sénatrice Poirier : Merci beaucoup.

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La sénatrice Poirier : Merci à vous trois pour vos exposés. Nous vous en sommes reconnaissants.

Ma question s’adresse à la représentante de la Canadian Support Workers Association. Nous savons que les tests sont importants pour pouvoir relancer l’économie et reprendre nos interactions sociales sans danger. Dans quelle mesure les tests étaient-ils accessibles pour le personnel et les résidents des établissements de soins de longue durée? Devaient-ils présenter des symptômes pour pouvoir être testés?

Mme Ferrier : Ils n’avaient pas besoin de présenter des symptômes pour être testés. Je sais que la semaine dernière ou il y a quelques jours — on perd un peu la notion du temps dans la pandémie de COVID-19 —, le gouvernement de l’Ontario a annoncé que tous les résidents des établissements de soins de longue durée de la province avaient été testés pour la COVID-19, ce qui est une grande réalisation. Cependant, je sais que tous les préposés aux soins de ces établissements n’ont pas encore été testés. C’est difficile parce qu’ils ne se trouvent pas tous au même moment dans l’établissement. J’ai oublié le début de votre question, alors auriez-vous l’obligeance de répéter ce que vous avez dit?

La sénatrice Poirier : Dans quelle mesure les tests étaient-ils accessibles? Les gens devaient-ils présenter des symptômes pour pouvoir être testés? Une fois testés, que devaient faire les gens en attendant de recevoir les résultats? Les renvoyait-on chez eux pour qu’ils prennent un congé payé ou devaient-ils continuer de travailler jusqu’à ce qu’on reçoive les résultats? Dans la plupart des cas, il fallait des jours, sinon des semaines avant que les résultats leur soient communiqués. J’aimerais savoir comment on procédait.

Mme Ferrier : Je vois. Essentiellement, le personnel testé n’était pas mis en congé payé après avoir été testé. Un employé asymptomatique pouvait continuer de travailler. Qu’ils aient la COVID ou non, beaucoup ont continué de travailler jusqu’à ce qu’ils obtiennent les résultats. Beaucoup ont aussi décidé de rester chez eux, mais en pareil cas, ils n’étaient pas payés. Avant que les autorités ontariennes décident d’accorder la priorité aux établissements de soins de longue durée, il était très difficile pour le personnel d’être testé à moins de présenter des symptômes. J’espère avoir répondu à votre question.

La sénatrice Poirier : Ma prochaine question s’adresse au Workers’ Action Centre. Nous voyons l’économie redémarrer lentement mais sûrement à divers endroits au pays. Je serais curieuse de savoir si vous avez entendu les travailleurs manifester de la réticence à l’idée de retourner au travail. Dans l’affirmative, quelles raisons invoquent-ils?

Mme Ladd : Nous avons une ligne d’écoute téléphonique en diverses langues. Nous organisons des webinaires dans de nombreuses communautés pour parler aux travailleurs de leurs droits et des problèmes qu’ils rencontrent. Les gens ont effectivement peur de retourner au travail pour diverses raisons. Premièrement, ils craignent de devoir se retrouver dans des autobus bondés pour se rendre au travail, sans pouvoir maintenir la distanciation sociale. Ils craignent aussi que leur employeur n’applique pas les recommandations des autorités de la santé publique et du ministère du Travail de l’Ontario pour assurer la santé et la sécurité. Ils craignent de retourner au travail également parce que beaucoup ont des enfants ou des personnes âgées chez eux ou encore une personne qui est immunodéficiente. Ils ont très peur de contracter le virus et de le transmettre aux personnes qui habitent avec eux.

Beaucoup de gens retournent travailler à temps partiel. Si je voulais décrire les conditions de travail, c’est notamment parce que, dans de nombreux secteurs, les gens sont en train de reprendre le travail. Beaucoup ont des emplois à temps partiel qui sont mal rémunérés et sans avantages sociaux. Ils n’ont certainement pas de congés de maladie payés, alors ils ont peur de retourner travailler pour un maigre salaire et d’attraper la maladie, mais de ne pouvoir prendre des journées de congé de maladie payé. D’une certaine façon, c’est avantageux de recevoir la Prestation canadienne d’urgence parce qu’au moins, on a un revenu garanti. La personne peut payer ses factures sans être obligée d’occuper deux ou trois emplois pour joindre les deux bouts.

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